Le Sénat américain a rejeté de justesse mardi une mesure qui aurait autorisé immédiatement l’oléoduc Keystone XL entre le Canada et les Etats-Unis, un projet qui reste pour le moment entre les mains de Barack Obama, avant un nouveau vote en 2015.

Synonyme d’emplois pour les républicains mais de pollution pour les démocrates, le projet d’oléoduc déposé par la société Trans Canada attend depuis plusieurs années un feu vert de l’administration Obama, malgré le soutien fervent du gouvernement canadien.

Après avoir été approuvée par la Chambre des représentants vendredi, une proposition de loi autorisant Keystone XL a échoué à atteindre la majorité requise au Sénat lors d’un vote mardi, à une voix près.

Mais les républicains ont donné rendez-vous en janvier, quand ils disposeront de la majorité dans les deux chambres du Congrès.

«Ce soir, les démocrates du Sénat ont encore dit non à un projet créateur d’emplois, qui aurait aidé des milliers d’Américains à trouver un travail», a déploré Mitch McConnell, chef des républicains. «La nouvelle majorité républicaine examinera et votera la loi Keystone au début de l’année prochaine».

Même si le Congrès avait adopté le texte, il est probable que Barack Obama aurait opposé son veto, bien que la menace n’ait jamais été explicite.

«C’est une mesure que le président ne soutient pas», avait déclaré Josh Earnest, porte-parole de la Maison Blanche, quelques heures auparavant.

Barack Obama a indiqué à de multiples reprises qu’il souhaitait attendre le résultat d’un recours porté contre le tracé auprès de la justice de l’Etat du Nebraska, dans le centre du pays, où le futur oléoduc doit aboutir et se connecter au réseau existant.

TransCanada espère

TransCanada, chef de file du projet d’oléoduc Keystone XL, a trouvé des raisons d’espérer, malgré le rejet par le Sénat américain mardi de la construction immédiate du pipeline entre le Canada et les Etats-Unis.

«Le vote (mardi) au Sénat américain montre un soutien important et croissant pour Keystone XL», a déclaré Russ Girling, patron de TransCanada, qui a promis de «continuer à pousser» pour dépasser les clivages politiques entre démocrates et républicains américains.

Depuis huit ans, TransCanada cherche à obtenir les autorisations nécessaires à la construction de cet oléoduc de 1900 km de long, dont 1400 km aux Etats-Unis, pour acheminer le pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta (ouest du Canada) jusqu’aux raffineries américaines du golfe du Mexique.

«Ce projet d’infrastructures de 8 milliards de dollars améliorera la sécurité énergétique des Américains et réduira les impacts environnementaux du transport des pétroles canadien et américain jusqu’aux raffineries américaines tout en créant 42 000 emplois», a plaidé le patron de TransCanada dans un communiqué.

A l’inverse, l’ONG Greenpeace s’est félicitée du résultat du vote qui a «donné raison à la science», en repoussant la procédure en urgence d’un projet «qui engendrerait l’émission de plus de 24 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an».

Après ce vote, le premier ministre canadien Stephen Harper devrait en profiter pour «rattraper son retard sur le reste du monde qui a déjà pris des mesures pour répondre à la crise climatique», a estimé Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie de Greenpeace Canada.

Greenpeace appelle le gouvernement conservateur canadien à laisser «les sables bitumineux dans le sol» afin de réduire les gaz à effet de serre émis par le Canada tout «en s’engageant dans une transition urgente vers les énergies vertes».