Les pêcheurs de Saint-Louis, à l’embouchure du fleuve Sénégal, encaissent les coups. Il y a quelques années ils protestaient contre la concurrence massive des chalutiers asiatiques. Aujourd’hui, ils s’inquiètent de l’exploitation de ressources gazières, à une centaine de kilomètres de leurs côtes, dans une zone de reproduction du poisson. D’ici à la fin de l’année, le Sénégal et la Mauritanie vont commencer l’extraction offshore d’un champ de gaz transfrontalier, à près de 3000 mètres de profondeur, qui produira 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) sur place par an. Deux autres découvertes, également en mer, de gaz et de pétrole, placeront le Sénégal sur la carte mondiale des producteurs d’hydrocarbures. Reste à savoir si la population en profitera et comment Dakar évitera le piège de la malédiction du pétrole – selon le scénario d’une manne qui crée peu d’emplois, enrichit une minorité au pouvoir et appauvrit les couches populaires – qui a frappé de nombreux pays africains.