Quand Astrid Bek parle de ses activités de chasseuse de têtes, elle donne l'impression de connaître personnellement tous les responsables des compagnies importantes du canton de Genève, de la multinationale aux start-up qui défraient la chronique, en passant par les banquiers privés et les grands horlogers. Question de sensibilité et d'expérience probablement, car la fondatrice d'Objectif Cadres, considère ces relations nouées depuis douze ans comme sa principale matière première. «Nous sommes constamment mis à l'épreuve, explique Astrid Bek. En quelque sorte, on peut dire que nous vendons du vent. Toute la question est donc de savoir quelle crédibilité nous accorder lorsque nous présentons un candidat. Je dois personnellement être convaincue d'avoir ciblé la bonne personne pour un poste donné, ou à défaut le signaler clairement dans mes rapports. Nous ne pouvons tout simplement pas progresser autrement.»

Et Astrid Bek sait de quoi elle parle. A la fin de ses études en économie et marketing et après avoir fait ses premières armes dans l'import-export, elle entre dans le métier à l'âge de 30 ans. Durant six ans, elle s'occupe d'engagement de personnel qualifié, cadres et dirigeants, pour enfin voler de ses propres ailes en fondant Objectif Cadres en 1988. «J'étais persuadée qu'il ne fallait pas mélanger les genres, à savoir une agence de placement avec des chasseurs de têtes, raconte-t-elle. Et je suis toujours de cet avis. Quand il s'agit de pourvoir un poste de haut niveau, il est indispensable d'analyser la culture de l'entreprise qui nous confie le mandat. Cela représente un facteur de réussite important alors que dans un placement classique, on s'arrête aux critères attachés à une fonction donnée dans la compagnie.»

Cette connaissance du tissu économique et le soin apporté aux relations humaines ont permis à Astrid Bek de passer le cap difficile du début des années 90. Car si la décennie précédente a été caractérisée par une «course à la photocopieuse», les cadres étant débauchés à tour de bras, sans évaluation personnelle et pour des salaires faramineux, les revers conjoncturels ressentis jusqu'en Suisse ont engendré un coup de balancier brutal pour les professionnels du recrutement. Plus rien de tel aujourd'hui, si ce n'est un marché asséché. «Mais paradoxalement, cette évolution n'a pas augmenté le nombre de mauvais candidats, rapporte Astrid Bek. Les entreprises sont devenues nettement plus clairvoyantes et font très attention aux personnes qu'elles engagent. Elles ont d'ailleurs des exigences précises en termes de diplômes et d'expérience sur le terrain. Pour les multinationales, c'est une façon de se rassurer. Heureusement qu'il y a l'émergence de start-up dans le pays. Ces jeunes sociétés sont plus souples en termes de recrutement et s'attachent avant tout à la personnalité des candidats.»

Cette diversification bienvenue dans la clientèle d'Objectif Cadres, qui traite encore majoritairement avec les établissements financiers de la place, Astrid Bek en est particulièrement contente. Non seulement sa collaboration intervient à l'origine de ces entreprises d'avenir, mais elle repose également sur une démarche créatrice voulue par leurs financiers, spécialistes du capital-risque. Pour bien marquer sa volonté de travailler avec les start-up, Objectif Cadres propose d'ailleurs des conditions financières plus souples et des honoraires de 25% au lieu des 33% traditionnels prélevés sur les mandats d'engagement. Une nouvelle collaboratrice va ainsi rejoindre la société pour s'occuper en priorité de ce marché, portant, avec Astrid Bek et Fabrice Fert, à trois le nombre de consultants réunis au sein d'Objectif Cadres, soutenus par trois assistants de recherche.

Autant dire que la société a le vent en poupe avec un chiffre d'affaires en croissance exponentielle. Son site Internet («objectif-cadres.ch») s'est également enrichi d'une nouvelle section (insearchofexcellence.ch) destinée aux mandats internationaux pour des postes de haut niveau. Car pour ce chasseur de têtes, la recherche ne se limite de loin pas aux frontières nationales, raison pour laquelle deux bureaux de représentation ont été ouverts à Monaco et au Luxembourg. Avec une base de dossiers actifs de quelque 13 000 personnes, Astrid Bek entend bien poursuivre sur cette lancée avec une idée bien précise des liens à nouer avec les différents responsables des ressources humaines dans les entreprises. Des personnes qui doivent recruter dans une ligne stratégique et opportuniste avec l'aide des chasseurs de têtes.