«Les travailleurs, en particulier les jeunes, cherchent aujourd’hui en priorité un emploi qui ait du sens.» Et si cette phrase que l’on entend beaucoup ne représentait pas une vérité absolue, qu’elle était à nuancer?

Une étude menée du 15 au 24 avril par Swibeco, plateforme digitale d’avantages extra-salariaux en Suisse, montre qu’en Suisse romande, le climat de confiance – soit la bienveillance, la transparence et la cohésion d’équipe – est le premier facteur de motivation pour 32% des sondés, et pour 30% d’entre eux sur la Suisse entière (plus de 2000 sondés en tout). Un résultat plutôt évident à la lumière de la crise que nous sommes en train de vivre. «Le coronavirus a poussé vers le haut les critères de confiance, de reconnaissance et de considération dans une période où les collaborateurs sont loin du bureau depuis longtemps et ont le besoin de se sentir appartenir à un groupe», commente Matthias Thürer, directeur marketing de Swibeco.

La confiance plus importante que le sens

Mais une autre donnée peut surprendre: le critère intitulé «le sens» (mission, alignement métier et sentiment d’impact) arrive bon dernier de cinq facteurs qui motivent les employés en Suisse romande, avec 8% (10% sur toute la Suisse). Et chez les 17-25 ans de toute la Suisse interrogés par Swibeco, le sens est aussi la réponse la moins plébiscitée à la question: «Quel est le facteur principal qui te stimule au quotidien et te rend heureuse/heureux au travail?»

Une autre étude parue l’automne dernier, celle d’Academic Work, dévoilait les critères importants pour les jeunes travailleurs romands lors du choix de leur futur employeur. Or, les catégories Missions intéressantes et variées et Valeurs et culture d’entreprise arrivent (peu) après des critères comme Possibilités d’évolution et de développement, Collègues sympathiques et environnement de travail agréable, Flexibilité des horaires de travail et équilibre vie professionnelle-vie privée ou encore Salaires et avantages.

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La dernière étude de Manpower sur la génération Y (en 2016) apportait aussi des conclusions intéressantes: 20% des jeunes aspirent en effet à apporter une contribution positive à travers leur travail, mais ce résultat est talonné par l’envie de gagner beaucoup d’argent (17%) et est moins important que le souhait de travailler avec des gens sensationnels (33%).

Bien sûr, les résultats dépendent beaucoup de l’audience interrogée et de la façon dont sont posées les questions, et il n’est pas aisé de comparer ces enquêtes entre elles. Mais le sens au travail n’apparaît en tout cas pas dans ces études de manière aussi déterminante qu'on aurait pu l'imaginer. De quoi interroger peut-être ce critère que l’on brandit si souvent, alors que d’autres données pèsent aussi dans la balance. «On parle beaucoup de l’importance du sens pour la nouvelle génération, mais c’est aussi celle qui a besoin d’une certaine liberté et donc d’horaires et d’aménagements de travail flexibles», précise Matthias Thürer.

Décider de mettre du sens ailleurs que dans le travail

Nous avons tous (ou presque) des amis peu stimulés par leur emploi, mais qui le gardent parce qu'ils apprécient leurs collègues, ont un bon salaire ou des avantages non négligeables. Il ne s’agit cependant pas d’opposer forcément le sens et d’autres critères, qui peuvent se combiner. Il s’agit de dire que le poids donné au sens n’est pas universel. Le salaire, la flexibilité d’un poste ou d'autres dimensions sont essentiels pour beaucoup d’employés et de cadres. Parfois parce qu’ils ou elles n’ont pas le choix, mais parfois aussi parce qu’ils décident de mettre du sens dans leur vie ailleurs que dans leur travail, et c’est tout à fait leur droit.

Etre passionné par son travail est une grande chance, même un certain luxe. Mais ces résultats sont peut-être bien une incitation à ce que la recherche de sens au travail ne devienne pas une injonction, et à ne pas culpabiliser ceux qui considèrent d’autres facteurs comme tout aussi essentiels, voire même davantage.

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