Une fois n’est pas coutume, le titre de Credit Suisse a caracolé vendredi en tête de l’indice SMI. En recul de plus de 40% depuis début janvier, l’action du numéro deux bancaire helvétique a regagné 6,4% pour clôturer la séance à 13.10 francs. L’action d’UBS, qui a limité ses pertes à 26% depuis le début de l’année, a également progressé de 5% à 14.50 francs.

Simple rebond technique ou début d’une phase de stabilisation des valeurs bancaires? Javier Lodeiro, analyste chez J. Safra Sarasin, estime qu’il faut replacer le rebond observé vendredi des titres du secteur bancaire dans le contexte des résultats supérieurs aux attentes publiés outre-Rhin par Commerzbank et du rachat de dette communiqué par Deutsche Bank qui a soutenu ce titre.

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L’action de la première société a rebondi de plus de 16%, tandis que la seconde a gagné vendredi près de 10%. «Cela a aidé à soutenir le sentiment qui prévaut sur le marché concernant les actions bancaires. Toutefois, la situation va certainement rester volatile ces prochaines semaines», relativise l’analyste spécialisé dans les valeurs financières.

Scepticisme à propos du scénario d’un rachat

Que pense-t-il des rumeurs affirmant que Credit Suisse pourrait devenir la cible d’offres de rachat par des groupes étrangers, d’Asie ou du Moyen-Orient par exemple? Javier Lodeiro se montre très sceptique à propos de tels scénarios: «Je ne crois pas au lancement de telles offres. Au Moyen-Orient, les investisseurs ont déjà suffisamment de problèmes en raison de la baisse des prix du pétrole. De plus, les fonds souverains de la région, comme celui Qatar, ont déjà subi des pertes avec leurs positions dans Credit Suisse et Deutsche Bank. Je ne pense pas qu’une offre puisse venir du Moyen-Orient, ni non plus de la Chine. Les acquéreurs potentiels de ces régions ont déjà assez de problèmes à la maison», analyse-t-il.

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Malgré le rebond observé vendredi, la semaine écoulée aura été désastreuse pour plusieurs actions de banques européennes comme Credit Suisse (-13%) ou Société Générale (-13%). Comment expliquer la chute aussi massive survenue pour les valeurs financières? Une partie de la réponse tient au décalage important entre les résultats communiqués ces dernières semaines et les attentes qui prévalaient avant leur publication. Dans une note publiée mardi, la banque IG observait que parmi sept secteurs analysés par Bloomberg, les valeurs financières constituaient la seule branche où les surprises ont été toutes négatives en ce qui concerne les revenus. Plus fondamentalement, le doute s’est installé sur la capacité des grandes banques à générer autant de rendement que par le passé. Cette baisse attendue de la rentabilité coïncide en outre avec le renforcement escompté des exigences en matière de fonds propres attendues en Europe pour les établissements considérés comme étant d’importance systémique.

Un marché «survendu»

Du point de vue de l’analyse technique, les titres bancaires inclus dans l’indice Stoxx 600 affichent malgré tout des niveaux où ces valeurs sont considérées comme étant «survendues». C’est le cas lorsque l’indicateur RSI («relative strength index») chute à moins de 30 points. Précédemment, ce seuil a été franchi pour ces valeurs la dernière fois durant l’été 2011, et auparavant en 2008 et 2009 durant la crise financière, selon des données de Bloomberg.

Dans le cas de Credit Suisse, le titre se situe à un niveau qui correspond au scénario le plus pessimiste estimé par Morgan Stanley dans une note publiée le 5 février. La banque américaine, qui a ramené son objectif de cours sur Credit Suisse à 19.50 francs, a aussi placé à 13 francs le niveau le plus bas envisagé dans son scénario baissier, un seuil qui a été brièvement franchi jeudi. De son côté, J. Safra Sarasin recommande le titre de Credit Suisse à «acheter», tandis que l’établissement attribue une recommandation «neutre» pour les actions d’UBS et de Deutsche Bank.