Le gouvernement sud-coréen a confirmé jeudi qu'il avait fini de rembourser les 58 milliards de dollars que lui avait prêtés le Fonds monétaire international fin 1997, au plus fort de la crise financière asiatique. Ce prêt, le plus important dans l'histoire de l'institution, avait, à l'époque, été vécu comme une humiliation par la Corée du Sud, qui venait quelques mois plus tôt d'accéder au club des pays riches de l'OCDE. Des étiquettes «Soldes IMF» avaient fleuri partout dans le pays, rejetant sur le Fonds la responsabilité de la crise. Le remboursement de cette dernière tranche de 19,5 milliards de dollars intervient avec trois ans d'avance sur son échéance normale. Le président sud-coréen Kim Dae-Jung, de plus en plus contesté en raison de l'enlisement des réformes économiques et de l'échec de sa politique de rapprochement avec le frère ennemi communiste du Nord, avait fait de ce paiement anticipé une question d'honneur. Le fait que le Pays du Matin calme soit désormais à jour de ses dettes n'empêche toutefois pas les mauvaises nouvelles d'assombrir à nouveau son horizon économique.

Chute de la croissance

Frappée de plein fouet par le ralentissement américain, la Corée du Sud a plafonné au premier semestre à 2,7% de croissance, soit la moitié de son niveau de l'année passée. Cette chute est la conséquence directe de la plongée des exportations électroniques qui représentent à elles seules 30% des exportations nationales. La survie du géant Hynix – ex-Hyundai Electronics et troisième producteur mondial de mémoires DRAM – n'est ainsi pas assurée, malgré l'injection très controversée de 4,4 milliards de dollars par ses créanciers en mai dernier, à la demande expresse du gouvernement. Quant aux espoirs suscités ces deux dernières années par le boom d'Internet – le pays possède l'une des plus fortes densités mondiales de lignes à haut débit –, peu se sont concrétisés. Seules quelques start-up spécialisées dans la création de jeux vidéo et d'animation, comme NC Soft ou Daiwon (dont le dernier film d'animation en 3D, Cubix, vient d'être acheté par l'américain Warner), sortent du lot et dégagent des profits significatifs.

Les deux points noirs de l'économie sud-coréenne restent l'enlisement des réformes des Chaebols, les grands conglomérats à l'origine de son décollage industriel dans les années 60, et la restructuration difficile du secteur bancaire. Deux fusions bancaires ont échoué, en 1999 et au début de cette année. La dernière en date, entre la Kookmin Bank (N°1) et H & CB, est rudement secouée par les syndicats. Côté industriel, le feuilleton est encore plus dramatique. La reprise annoncée du constructeur automobile Daewoo par l'américain General Motors n'est toujours pas bouclée, malgré les pressions des pouvoirs publics. Le démantèlement de l'ex-groupe Hyundai demeure suspendu à de sombres litiges entre les différents héritiers. Le tout, sur fond de climat politique délétère. L'ex-dissident Kim Dae-Jung, élu chef de l'Etat en décembre 1997 et récompensé en 2000 par le Prix Nobel de la paix, est en guerre ouverte avec les grands groupes de presse du pays, que son administration a décidé de poursuivre pour fraude fiscale. L'approche d'une nouvelle élection présidentielle, l'an prochain, risque de retarder encore plus les décisions douloureuses.