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Un homme passe devant l'ombre du logo de la banque suisse Credit Suisse à Zurich.
© © Arnd Wiegmann / Reuters

Finance 

Ces sept dernières années, le ciel n'a cessé de s'assombrir pour les employés de banque

Moduler la masse salariale est un puissant levier pour rétablir les marges. Depuis le crise de 2008, les établissements financiers auraient ainsi supprimé 600 000 postes

La banque est un secteur traditionnellement intense en capital humain. Tout simplement parce que les ressources humaines sont encore la source principale de sa compétitivité. Mais ces éléments, généralement hautement qualifiés, représentent aussi le coût opérationnel le plus important des établissements financiers. «Subprimes», amendes, fin du secret bancaire, tour de vis réglementaire, rachat d’établissements, conditions de marché défavorables, etc.: les enseignes sont poussées à revoir drastiquement leurs dépenses, ainsi que leurs modèles d’affaires jugés à présent trop optimistes par rapport aux chiffres d’affaires générés, pour maintenir leurs marges.

Credit Suisse a décidé jeudi d’accentuer l’élagage de sa masse salariale, pour redresser sa rentabilité. Dans la foulée de pertes annuelles spectaculaires, le numéro deux bancaire du pays a ainsi annoncé le licenciement de 4000 collaborateurs. Des pertes d’emploi dont l’ampleur s’inscrit «dans la continuité du programme de réduction de postes lancé l’an passé» et qui doit pour l’heure affecter la Suisse à hauteur de 1600 salariés.

Disparition de 600 000 postes depuis 2008

Toutefois, les suppressions massives d’effectifs dans le secteur bancaire ont débuté après la crise de 2008. Une tendance qui se serait depuis accélérée, avec l’annonce au dernier trimestre 2015 de 47 000 emplois perdus dans le monde. Chiffre auquel s’ajoutent 52 000 éliminations de postes, proclamées les neuf premiers mois de la même année. Selon l’agence Bloomberg, les banques auraient ainsi biffé mondialement environ 600 000 équivalents plein-temps, ces sept dernières années.

Les coupes les plus sévères sont attribuables notamment à Citibank. L’établissement américain a réduit de plus d’un tiers ses effectifs depuis 2008, soit près de 140 000 salariés. L’enseigne, présente dans plus de 100 pays, a encore prévu 2000 licenciements d’ici à la fin de cette année.

Lire aussi: Credit Suisse annonce une perte nette de 2,944 milliards de francs

Ailleurs? Les plans sociaux s’enchaînent, dans une amplitude tout aussi inquiétante. HSBC, par exemple, a annoncé l’année passée la suppression de 50 000 postes de travail – dont 260 en Suisse –, à l’horizon 2017. Dont 25 000 à travers la vente de ses activités au Brésil et en Turquie. Deutsche Bank a prévu, de son côté, de licencier 26 000 collaborateurs d’ici à 2018.

Dégâts équivalents à plusieurs établissements

Quant à la Société générale, elle entend fermer près de 20% de ses agences avant fin 2020. Quelque 3000 postes pourraient ainsi passer à la trappe. Autres exemples: German Bank dit vouloir réduire sa voilure de 26 000 salariés d’ici à 2018 et UniCredit, le plus grand établissement d’Italie, entend se passer d’environ 18 200 collaborateurs. Sans oublier la Royal Bank of Scotland (RBS) et Barclays, qui ont entrepris ces prochaines années de se séparer jusqu’à 30 000 employés.

En avril dernier, Yves Mirabaud, associé gérant de la banque privée du même nom et tout juste élu au poste de président de l’Association des banques privées suisses (ABPS), résumait ainsi la situation au Temps: «En termes de destructions d’emplois, c’est comme si plusieurs établissements avaient disparu.» Quand ce mouvement va-t-il s’arrêter?

Quelques banques engagent quand même. À l’instar de Goldman Sachs, qui a rehaussé ses effectifs de 3400 postes ces douze derniers mois, soit une augmentation d’environ 10% de ses effectifs. D’autres, comme Wells Fargo ou Morgan Stanley sont aussi en légère augmentation. Mais la plupart des établissements continuent de trancher dans le vif. Voire, dans certains cas – et pas uniquement dans les banques universelles, mais de plus petite taille également –, licencient au compte-gouttes ou en catimini.

La numérisation, poison pour l’emploi

D’aucuns estiment que la situation générale illustre une tendance plus profonde: la numérisation des services financiers. Historiquement, la plupart des opérations bancaires étaient effectuées par des salariés. Aujourd’hui, c’est l’automatisation d’un grand nombre de ces fonctions qui est en marche. À terme, cette dynamique devrait avoir des conséquences néfastes sur la création d’emplois. Toutefois, l’agence Bloomberg juge cette évolution bénéfique… pour les investisseurs. Les nouvelles technologies auraient en effet permis de réduire jusqu’à cinq fois certains coûts de transaction.

Jeudi, l’Association suisse des employés de banques (ASEB) s’est dite consternée par la décision de Credit Suisse sur l’emploi. Et la faîtière de déplorer le fait que la banque n’a articulé aucun chiffre sur les conséquences pour le marché du travail en Suisse. Idem pour la Société des employés de commerce, qui appelle Credit Suisse à «prendre ses responsabilités, afin que le nombre de suppressions de postes dans le pays, annoncé fin 2015, ne soit pas dépassé».


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