Elles ne sont qu’une poignée. En Suisse, le Carbon Disclosure Project (CDP) n’a trouvé que sept entreprises, sur un total de 272 dans le monde, dignes d’être notées «A» pour leurs performances environnementales. L’ONG, qui publie son étude ce mardi, a examiné près de 12 000 entreprises qui ont répondu à son questionnaire extensif. Elle leur a ensuite donné des notes de A à D- sur la base de leur niveau de transparence et de leurs performances en matière de changement climatique, de forêts et de sécurité de l’eau.

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UBS, Richemont et, plus étonnamment vu la nature polluante de l’activité de cimentier, Holcim, ont ainsi obtenu la meilleure note dans la catégorie changement climatique, tandis que Barry Callebaut l’a eue pour la protection des forêts et Givaudan pour la sécurité de l’eau. L’entité suisse de Coca-Cola a reçu un double A (changement climatique et sécurité de l’eau), tandis que Firmenich figure parmi les rares sociétés du monde – 14 au total, contre 10 l’an dernier – à pouvoir se targuer d’un triple A.

Des objectifs concrets

Qu’est-ce qui différencie les entreprises les mieux notées? Une surveillance et une gestion des enjeux climatiques au niveau de la direction avec des rapports réguliers au conseil d’administration, une connaissance «approfondie des risques environnementaux auxquelles elles font face», détaille le CDP. Mais, surtout, du concret, sous la forme «d’objectifs d’émissions bien établis qui ont été approuvés par l’initiative Science Based Targets, et des preuves d’objectifs qui couvrent leurs émissions de portée 3».

Les émissions dites de portée 1 sont celles qui peuvent être directement contrôlées par l’entreprise, celles de portée 2 sont liées à l’énergie que l’entreprise doit acheter pour fonctionner (chauffage, par exemple). Les émissions de portée 3 couvrent toute la chaîne de valeur. Pour CDP, l’initiative Science Based Targets est considérée comme «l’étalon or de la vérification indépendante qu’un objectif d’émission est en ligne avec l’Accord de Paris».

Critères plus sévères

Parmi les entreprises suisses notées A dans le domaine climatique, seule UBS n’a pas d’objectifs. Mais le CDP souligne que, pour la finance, la méthodologie n’est disponible que depuis la fin de l’année dernière. Quant à Holcim, sa présence parmi les meilleurs élèves est la démonstration que l’évaluation du CDP tient compte des intentions, des ambitions et pas seulement des émissions en termes absolus. Le cimentier «figure parmi seulement sept entreprises au monde à avoir un objectif de neutralité carbone approuvé [d’ici à 2050]», explique Maxfield Weiss, directeur exécutif du CDP Europe.

Cela signifie qu’Holcim dispose d’objectifs d’émissions non seulement à court terme mais aussi à long terme, alignés avec la science. «Tout en étant actif dans une industrie fortement polluante, il a un objectif de classe mondiale accompagné par une gouvernance solide, une transparence et une stratégie pour y parvenir, avance Maxfield Weiss. Au vu de l’importance de cette industrie, il est essentiel que les entreprises soient très ambitieuses et conduisent cette transition vers une économie neutre en carbone».

Les critères pour être bien noté ont en outre tendance à se renforcer. Ainsi, le nombre d’entreprises notées A dans le changement climatique a chuté de 40%, à 200 sociétés, parce que «le consensus sur ce qui constitue un leadership en matière de climat a évolué et la barre a été placée plus haut», souligne le CDP.

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Du point de vue de l’investisseur, connaître le nom des meilleurs élèves a un intérêt bien particulier: «L’indice Stoxx Global Climate Change Leaders, basé sur la liste A du CDP, a enregistré un rendement annuel moyen supérieur de 5,8% à celui de son indice de référence depuis 2012», met en avant le CDP. Reste qu’elles représentent une minorité: «Seulement 2% de toutes les entreprises évaluées ont été classées sur la liste A du CDP, tandis que 35% ont été classées C ou D, ce qui signifie qu’elles commencent seulement à prendre conscience de leur impact environnemental», regrette l’ONG. De fait, plus de 16 000 entreprises n’ont pas rempli, ou pas suffisamment, le questionnaire. Dont des géants comme Chevron, ExxonMobil, Glencore ou encore Berkshire Hathaway.