Séquestrer son patron, un signal fort qui manifeste le désespoir

Lutte En France, patrons et DRH sont parfois retenus

En Suisse, le séquestre est rarissime

La séquestration de chefs ou cadres d’entreprise fait figure de nouvelle spécificité française. Cette méthode de pression illégale et parfois traumatisante trouve son origine dans la multiplication des conflits sociaux dans l’Hexagone et leur radicalisation. Dernier exemple en date: le 6 janvier, deux cadres de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord (Picardie), un directeur de production et un responsable des ressources humaines, ont été retenus dans une salle de réunion. L’action a duré 24 heures. Le syndicat CGT espérait ainsi obtenir de meilleures indemnités de départ pour les salariés, prélude à de possibles négociations pour une reprise partielle du site dont la fermeture a été annoncée en janvier 2013. Ce mode d’action a déclenché une levée de boucliers tant dans le milieu patronal que parmi les membres du gouvernement socialiste. Seul le Parti communiste a jugé cette colère légitime. Ce type d’opération, solution extrême qui permet aux contestataires de médiatiser leur combat, tend à se généraliser.

Avant Goodyear, Caterpillar à Grenoble, 3M à Pithiviers, Sony dans les Landes, PSA à Aulnay et enfin La Poste ont fait la une de la presse lorsque les employés ont recouru à ce que les Anglo-Saxons appellent le «bossnapping». Si ces pratiques sont interdites, les auteurs sont rarement poursuivis par la justice et encore moins condamnés. Ils risquent pourtant des peines allant jusqu’à 10 ans de prison. Les tribunaux français tiennent compte du climat social général et se montrent indulgents envers des salariés désespérés qui tentent de conserver leur emploi ou d’obtenir des indemnités de licenciement décentes. Ce sont désormais plus les salariés que les syndicats qui poussent à la séquestration, dans un contexte de délocalisations massives et de rumeurs de grosses sommes amassées par la classe dirigeante. La perte de contrôle syndical sur les personnels n’est pas sans risque: dans le cas de Caterpillar, un des directeurs séquestrés a dû être évacué pour raisons de santé. Si le bossnapping est une pratique très française, il a ses adeptes dans d’autres pays – mais à un degré moindre – comme en Belgique (Alstom à Beyne-Heusay), en Allemagne et dans les pays latins comme l’Italie et l’Espagne. En Chine, le patron américain de l’entreprise Specialty Medical Supplies venu en juin dernier licencier 30 ouvriers a été séquestré. En Suisse (voir ci-contre), les cas sont extrêmement rares, tandis que la méthode est totalement décriée aux Etats-Unis. Le PDG américain de Titan International, Maurice Taylor, qui s’était dit prêt à reprendre l’usine d’Amiens-Nord, s’est ainsi indigné du dernier épisode chez Goodyear: «Chez nous, ces gens seraient arrêtés et encourraient la prison à vie.»

Ce sont désormais plus les salariés que les syndicats qui poussent à ce type d’action