Face à la concurrence, plus ou moins tangible aujourd’hui, de l’Apple Watch, les pronostics divergent. Difficile d’imaginer comment la technologie aura évolué, au cours de la décennie à venir. «J’ai bien quelques idées, avance Jérôme Lambert, le patron de Montblanc. Mais comme je veux les implanter dans notre bracelet connecté, je les garde pour moi». Nos interlocuteurs se rejoignent en tout cas sur un point: ni aujourd’hui, ni demain ni dans dix ans, les montres connectées ne viendront faire de l’ombre à la haute horlogerie. «Elles n’évinceront pas les montres analogiques, assure Georges Kern, le directeur général d’IWC. Regardez dans le secteur automobile. Il y a la «vintage car» et la Tesla. Les deux vont perdurer». Néanmoins, «la montre à la pomme aura conquis un très large public, d’après Philippe Léopold-Metzger, l’homme fort de Piaget. Elle menacera les produits horlogers conçus pour donner l’heure ou mesurer les performances. Elle sera capable de tout faire, ouvrir et fermer les portes, communiquer en vidéo, régler la température de sa douche, etc.».

Pas forcément Apple

Pour Juan-Carlos Torres, à la tête de Vacheron Constantin, Apple ne sera pas nécessairement l’initiatrice des futures évolutions technologiques. Mais il est convaincu que «téléphoner et visualiser son courriel à partir d’un objet fixé à notre poignet nous serait bien plus utile que de savoir quel est notre rythme cardiaque». Quant à François Bennahmias: «Tant que les montres connectées n’apportent rien de plus qu’un téléphone portable, elles n’ont que peu d’avenir. Par contre, «lorsqu’elles toucheront aux questions de santé – et je parle de fonctions vraiment sérieuses, pas des pulsations cardiaques –, elles provoqueront un vrai bouleversement». Vincent Perriard (HYT) aussi s’attend à «des développements inimaginables» mais qui, «et c’est peut-être ici qu’Apple a commis une erreur, ne se limiteront pas aux montres. L’avenir, ce sont les objets et les vêtements connectés». Sandro Reginelli (Hautlence) estime que le géant californien saura s’adapter: «L’Apple Watch aura perdu de son attrait parce qu’Apple se sera attaqué à d’autres supports. Mais demain, il y aura une ceinture Apple, des lunettes Apple, etc. Cela va se diluer dans différents objets, et la montre n’en sera qu’une parmi d’autres».

Connectés jusqu’à quand?

Philippe Léopold-Metzger complète par une réflexion plus générale: «Reste à savoir si nous ne serons pas gavés par cet excès d’informations. Il y a bien un jour où l’homme retournera vers moins de connexion». «Ce sera à nous, horlogers traditionnels, de trouver les mots pour attirer les nouvelles générations vers un objet plus émotionnel», lance Vanessa Monestel, directrice de Laurent Ferrier.