Une lettre d'UBP Gestion institutionnelle est arrivée ce matin chez ses clients, et ses quarante collaborateurs ont été informés jeudi: Serge Ledermann, cofondateur avec André Gigon de la filiale de gestion institutionnelle (UBP GI SA) du groupe, «a décidé de donner une nouvelle orientation à sa carrière». Son partenaire, André Gigon, reste à la tête d'une société qui gère désormais six milliards d'actifs, qui assoit son expansion en Suisse, structure son développement à l'étranger et va désormais assurer pour le groupe la distribution des produits financiers en fonds de placement traditionnels et alternatifs par le biais de partenariats ciblés.

La gestion institutionnelle, une structure partie de rien

Il y a six ans, le duo Serge Ledermann/André Gigon était arrivé de chez Lombard Odier & Cie pour monter une structure de gestion institutionnelle au sein de l'Union Bancaire Privée. «Nous avons fait une grande étape en tandem, mais un des deux partenaires veut aujourd'hui prendre une autre voie: c'est son droit!» reconnaît André Gigon avec de la tristesse dans la voix. «J'ai envie de prendre du recul après avoir réalisé mon objectif numéro un, qui était de mettre en place cette plate-forme», lui fait écho Serge Ledermann. A 42 ans, celui-ci aurait pu entrer au directoire du groupe. On le lui a proposé: «Pour des raisons personnelles, je vais me lancer un autre défi au plus tôt cet automne», répond l'intéressé, qui reste muet sur ses résolutions.

C'est donc André Gigon qui prendra ce siège au sein du directoire du groupe. Cette nomination est en quelque sorte la consécration du pas stratégique qui a consisté pour l'UBP à se lancer ex nihilo dans la gestion institutionnelle. Filialisée en 1997, l'activité d'UBP GI s'est étendue à Genève et en Suisse romande, avant d'essaimer vers Zurich puis en France. «Aujourd'hui, toutes les grandes caisses publiques romandes sont nos clients, et notre activité en France est à l'équilibre après avoir commencé en septembre 1998 seulement», explique André Gigon. Sous sa houlette, un comité de direction d'UBP GI, avec son responsable parisien Dominique Leprévots pour la gestion, Olivier Dumuid au marketing et Pierre Berger à l'administration, va consolider la croissance de la filiale spécialisée. En appui, Michel Girardin sera chargé du conseil pour la stratégie d'investissement et de la représentation pour les produits traditionnels et alternatifs de gestion (fonds de placement).

Implantation européenne

Car avec 6 milliards d'actifs – dont 2,5 milliards en fonds traditionnels et 1,6 en produits alternatifs (sur les 5 milliards que gère le groupe UBP dans cette spécialité) –, UBP GI SA a atteint une taille qui lui permet de passer la vitesse supérieure. C'est-à-dire de continuer à développer un style empreint de partenariat avec les caisses de pension; mais, aussi, de conclure des accords pour la distribution des fonds de placement en France, en Suisse, en Italie et en Espagne avec des banques et des assurances, et de continuer à s'implanter à l'étranger et en Suisse alémanique. Après la France, UBP GI SA va ainsi bientôt ouvrir un bureau à Barcelone. A Zurich, dans le contexte de la fusion entre UBP et NordFinanz en juin, la filiale institutionnelle veut se donner une meilleure visibilité, en recrutant une équipe d'analystes sur le marché suisse qui sera basée outre-Sarine.

Dans ce contexte, le départ de Serge Ledermann apparaît très curieux. Pourquoi quitter une structure dont il a été une clef de l'expansion? Il en a surpris plus d'un à l'UBP. Mais le patron des analystes suisses ne coupe pas complètement les ponts: il reste conseiller du groupe, qu'il aidera à restructurer.