Presque un an de salaire. C’est ce qu’a misé Sergio Ermotti sur les actions de l’entreprise qu’il dirige, UBS. Il en a acheté un million, pour la somme de 13,1 millions de francs. Une emplette réalisée la semaine dernière, à la suite d’une conférence avec les investisseurs, et rendue public lundi soir.

Il n’avait aucune obligation d’en faire part. L’entreprise doit publier les mouvements du management, mais elle n’est pas tenue de préciser l’identité de l’acheteur – ou du vendeur. «C’est le montant assez exceptionnel de la transaction qui a déclenché des questions auxquelles la société a accepté de répondre plus en détail», avance Loïc Bhend. Pour cet analyste de la banque Bordier & Cie, à Genève, «Sergio Ermotti devait trouver qu’autour de 13 francs, l’action était bon marché, en quoi je ne peux lui donner tort».

«Pas content»

Ce week-end, dans la Sonntagszeitung, le banquier disait ne pas être «content avec l’évolution de l’action ces deux dernières années». Depuis le début de l’année, le titre a perdu un quart de sa valeur. Il faut remonter à l’été 2015 pour voir un cours au-dessus de 20 francs. Depuis l’annonce de la transaction du Tessinois, il a engrangé 5%.

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A la fin de 2017, Sergio Ermotti détenait 2,1 millions d’actions, selon le rapport annuel. Il est cependant possible qu’il en ait encore reçu en avril dernier comme rémunération. Ou vendu une partie. C’est la première fois qu’un responsable de la banque effectue un achat depuis décembre 2016, selon les données de la bourse suisse. La plupart du temps, ces annonces reflètent des ventes de titres reçus comme rémunération, qu’il s’agisse d’UBS ou d’autres entreprises. Les mouvements ne peuvent cependant pas se produire à n’importe quel moment, rappelle Andreas Venditti, analyste chez Vontobel. C’est par exemple interdit juste avant la publication de résultats, où le management pourrait profiter de connaître les chiffres avant le reste des investisseurs. C’est ce qu’on appellerait un délit d’initié.

Signal fort

«Cette transaction peut être vue comme un moyen de signaler sa confiance dans le futur de l’entreprise», estime Tomasz Grzelak, analyste chez Baader Helvea. Il souligne également que le directeur général a jugé le cours sous-évalué à plusieurs reprises et considéré que les investisseurs ne valorisaient ou ne comprenaient pas correctement son modèle d’affaires robuste et diversifié.

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C’est même plus que cela, pour Andreas Venditti: «Il veut envoyer un signal fort pour montrer qu’il est convaincu que sa stratégie fonctionne.» Est-ce que les investisseurs le suivront, cela reste à voir. En attendant, Sergio Ermotti peut fonder ses espoirs sur un geste similaire de Jamie Dimon. En février 2016, alors que les marchés flanchaient en raison de craintes de récession, le patron de JP Morgan voulait calmer les esprits. Il avait alors acheté un demi-million d’actions de sa banque pour 26,6 millions de dollars. Une décision particulièrement bien sentie: ce paquet d’actions vaut 53,35 millions au cours de mercredi. Donc une plus-value de 100%.