Banques

Sergio Ermotti: «Rien n’est sûr à 100%, pas même le fait qu’UBS reste en Suisse»

Dans une interview-fleuve, le directeur général de la plus grande banque suisse évoque la transformation de celle-ci, les aspects réglementaires et la technologie, qui pourrait conduire à supprimer 30% des postes

«Rien n’est sûr à 100%», a expliqué Sergio Ermotti, dans une interview à Bloomberg Markets publiée mardi. Pas même le fait qu’UBS reste en Suisse, a-t-il admis.

Le patron d’UBS était interrogé sur le déplacement du siège de la banque Nordea, de Stockholm à Helsinki, notamment pour des raisons réglementaires. «Ils ne sont pas opportunistes. Il y a un niveau où trop, c’est trop», a-t-il déclaré, expliquant que si la réglementation est la bonne chose à faire, qu’elle protège les actionnaires et les clients, «il y a aussi un moment où on vous met dans une position non concurrentielle» et il faut agir.

Le banquier d’origine tessinoise ne s’est pas arrêté là: «J’ai beaucoup de respect et je les admire pour ce qu’ils ont fait. Rien ne doit être pris pour acquis.» Nordea n’est pas majoritairement détenue par des actionnaires suédois, tout comme UBS n’est pas davantage en mains suisses, a poursuivi Sergio Ermotti. «Nous nous sentons comme une organisation basée en Suisse et le «Swissness» est un avantage concurrentiel. Mais la réalité est qu’il faut trouver un équilibre entre ces aspects et le fait que l’on ne peut pas être dans une situation qui crée un désavantage concurrentiel.» Ce n’est pas la première fois que le directeur général de la plus grande banque suisse se plaint de la réglementation qui s’accroît depuis la crise financière.

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Sergio Ermotti s’est également exprimé sur les changements technologiques dans l’économie, qui n’épargneront pas le secteur financier et, surtout, ses collaborateurs. UBS pourrait se passer de près de 30 000 employés dans les années à venir, a-t-il estimé. Un effet moindre que dans d’autres secteurs, comme ceux qui fabriquent des produits, qui, selon le banquier, pourraient voir leurs effectifs divisés par deux.

«Nous employons un nombre significatif de collaborateurs, soit près de 95 000 personnes en incluant les sous-traitants. On peut en avoir 30% de moins. Mais les emplois seront beaucoup plus intéressants.» Il ne compare pas cette transformation à un «big bang». Au contraire, il estime qu’elle sera «très progressive» et qu’elle engendrera plus de rapidité et d’efficacité: «Au lieu de servir 50 clients, nous pourrons en servir 100 de manière plus sophistiquée.» Toutefois, si la technologie va permettre de supprimer des coûts, il faudra aussi investir pour être à la pointe, a-t-il précisé.

Apprendre la patience

L’interview-fleuve diffusée par le média américain évoque aussi le rôle joué par Sergio Ermotti dans le redressement de la banque – qui avait dû être sauvée par la Confédération et la Banque nationale suisse en 2008 – et qu’il dirige depuis 2011, d’abord par intérim, avant d’être nommé de façon permanente. Le responsable explique comment il a mis en place sa stratégie, a géré la transformation de l’établissement et a dû apprendre la patience. Pour la suite, il rappelle qu’Axel Weber, président d’UBS, a annoncé publiquement que tous deux seraient à leur poste pour les cinq prochaines années.

Pas de politique

«Je n’ai aucunement l’intention de me retirer», a précisé Sergio Ermotti, ne répondant pas vraiment à la question de savoir s’il envisageait d’être ensuite président du groupe. «Il ne faut jamais dire jamais, mais ce n’est pas nécessairement quelque chose que je souhaiterais faire, qui soit adéquat pour la banque ou qui soit la volonté des actionnaires.»

Quant à un éventuel intérêt pour la politique (la Weltwoche proche de l’UDC voyait en lui un bon conseiller fédéral italophone), il ne s’agit que de spéculations, a-t-il assuré. «La Suisse n’est pas les Etats-Unis, ce n’est pas l’Italie, ce n’est pas la France. Je ne crois pas que ça se soit jamais produit, que quelqu’un qui ne soit pas membre d’un parti – quelqu’un qui ne soit pas actif en politique au niveau régional ou fédéral – ait été élu.»

Si, tout au long de l’interview, le patron d’UBS semble serein, une évolution l’inquiète: la sortie des politiques monétaires non conventionnelles de rachat d’actifs par les banques centrales. «Je ne crois pas que quiconque, même dans les banques centrales, ait la moindre idée de comment en sortir et quelles seront les répercussions.» A ce sujet, et c’est «le seul», il vaut mieux rester «paranoïaque».

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