Pétrole

Série de licenciements et choc culturel chez Addax Petroleum

La société genevoise est visée par plusieurs procès aux Prud’hommes. En cause: la culture autoritaire héritée de la maison mère Sinopec

Une série de licenciements parfois retentissants s’est produite ces derniers mois chez Addax Petroleum, la société genevoise d’exploration et de production rachetée en 2009 par la compagnie d’Etat chinoise Sinopec.

Trois anciens salariés sont actuellement en procès contre Addax, qui emploie quelque 250 personnes, devant le Tribunal des prud’hommes genevois. Un avocat lausannois, Etienne Patrocle, confirme au Temps qu’il défend certains ex-employés dans ces procédures.

Selon nos informations, au moins sept licenciements conflictuels ont fait l’objet de contacts entre des anciens d’Addax et des avocats au cours des derniers mois, et d’autres procès pourraient être intentés ces prochaines semaines.

Le cas le plus spectaculaire est celui d’un membre de l’audit interne congédié au printemps dernier pour «faute lourde». Objet du litige: une vidéo personnelle, découverte sur le disque dur d’une cadre ayant la confiance de la direction chinoise. Une procédure appelée «rapport d’incident» ou incident reporting est alors enclenchée, en actionnant le système d’alerte interne de l’entreprise. Mais au lieu d’enquêter sur la responsable concernée, la direction s’est retournée contre l’employée à l’origine du signalement, et contre l’auditeur qui l’avait relayé. Licenciés au printemps, les deux sont actuellement en procès contre Addax. Selon nos informations, l’auditeur estime avoir respecté le cadre de son mandat, qui était de faire remonter les alertes émises par les whistleblowers. D’inspiration américaine, ce type de dispositif est censé garantir l’anonymat du lanceur d’alerte, et le prémunir contre les représailles de sa direction – deux principes qui ne semblent pas avoir été respectés en l’espèce.

La version d’Addax est très différente: dans un e-mail envoyé en mars à tous les salariés de l’entreprise, son directeur Zhang Yi expliquait qu’une employée avait été «accusée à tort» par «un individu en quête de vengeance personnelle», et ce «en violation de nos politiques internes». «Je peux confirmer que les employés impliqués […] ont été remis à l’ordre et ont quitté l’entreprise», écrivait-il.

Dans une prise de position écrite adressée au Temps, Addax précise que son dispositif interne «inclut des règles précises quant à l’indépendance et l’objectivité requises dans le traitement de toute alerte». Celle-ci est «étudiée soigneusement de manière à corriger un dysfonctionnement avéré ou traiter une dénonciation malveillante». Pour le reste, Addax dit ne pas communiquer sur les cas individuels, «d’autant plus s’ils sont pendants devant un tribunal».

Cette affaire n’est toutefois pas isolée. En 2011, une responsable des services généraux avait été licenciée après avoir écrit un courriel au directeur Zhang Yi, où elle demandait des éclaircissements sur l’éviction d’un cadre supérieur. Elle aussi est en procès contre Addax. Trois sources interrogées par Le Temps, qui connaissent bien l’entreprise, établissent un parallèle entre les deux cas. Dans la culture des sociétés d’Etat chinoises, dit l’une de ces sources, «attaquer le cercle immédiat du dirigeant, c’est attaquer le dirigeant», ce qui expliquerait les sanctions infligées aux deux lanceurs d’alertes. Et écrire un courriel au directeur en personne pour se plaindre est perçu comme un crime de lèse-majesté…

Etienne Patrocle, l’avocat de certains des employés licenciés, confirme la dimension culturelle des licenciements: «Les entreprises conduites par des dirigeants de culture juridique différente sont susceptibles d’avoir plus de conflits, au moins au début de leur installation en Suisse. Elles doivent s’attacher des conseils adéquats, le temps de s’adapter.» Or, les sources précitées décrivent la direction chinoise d’Addax comme peu au fait du contexte suisse, et imparfaitement conseillée par des cadres eux-mêmes souvent expatriés. A cela s’ajoute la manière de licencier. Certains employés ont été convoqués pour «faire le point» avant de découvrir qu’ils devaient quitter l’entreprise séance tenante. Au printemps dernier, une employée qui avait passé onze ans chez Addax est partie en criant et en pleurs après avoir été convoquée de la sorte, ce qui a ébranlé les collègues qui ont assisté à la scène.

Mais l’entreprise est loin d’avoir mauvaise réputation auprès de tous ses salariés. La paie est très bonne. Le deuxième pilier est pris en charge par l’employeur à 100%. Une crèche et des appartements de fonction sont en construction non loin du siège actuel.

La loyauté des employés envers la direction chinoise et la maison mère Sinopec est même vantée dans une vidéo interne . On y voit des employés et cadres d’Addax danser dans un cadre alpestre et bucolique – le sommet du Salève – et chanter à tour de rôle, en chinois, «J’aime Sinopec».

Une employée est partie en criant et en pleurs, ce qui a ébranlé les collègues qui ont assisté à la scène

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