Il y a un an, Serono poussait un ouf de soulagement. Un produit concurrent du Rebif, médicament contre la sclérose qui assure plus de la moitié des ventes de la multinationale genevoise, était subitement retiré du marché.

Le Tysabri, tel est son nom, fabriqué par l'américain Biogen Idec, deuxième entreprise mondiale de biotechnologie, était fortement soupçonné d'avoir provoqué la mort de trois patients. Ils ont succombé à une destruction de la myéline, enveloppe nerveuse que le médicament était censé traiter.

Le taux de mortalité, de un pour mille, probablement lié à la combinaison de deux médicaments, a été jugé suffisamment important pour que les autorités sanitaires américaines (FDA) exigent l'arrêt des essais cliniques. Or, après examen détaillé des cas, la FDA autorise la reprise du recrutement de patients. Elan et Biogen Idec, associés au développement du Tysabri, ont annoncé leur intention de remettre le médicament sur le marché à fin mars. Rien ne pourra pourtant être fait avant le feu vert d'un comité de la FDA qui se réunira les 7 et 8 mars. La nouvelle est importante pour Serono à double titre. Aucun acheteur potentiel de l'entreprise ne fixera son dernier prix avant de connaître ce verdict. D'autre part, si le Tysabri revient sur le marché, même avec de fortes mises en garde et des indications médicales limitées, il fera de l'ombre au Rebif.

Les analystes prévoient une stagnation des ventes, puis leur déclin dès 2010. Serono, dont la nouvelle classe de médicaments contre la sclérose en plaques n'est pas attendue avant 2009, a quelques années difficiles devant lui. Adversité propice à une vente, ou, au contraire, au rebond par l'acquisition d'une petite biotech américaine? L'avenir le dira.