Le Temps: Le désaccord avec la Finma porte aussi sur l’im­mobilier. Pourquoi n’acceptez-vous pas la solution prévue dans la loi?

Erich Walser: La question concerne la sensibilité de l’immobilier aux variations des taux d’intérêt et notamment à la notion financière de duration (durée moyenne des flux financiers).

Aujourd’hui, la Finma est d’avis que l’immobilier n’a pas de duration (duration de zéro) et nous pensons, sur la base de nos expériences, qu’elle devrait avoir une duration d’au moins quatre ou cinq ans. Cela signifie que les assureurs doivent détenir beaucoup de capitaux pour être investis en immobilier.

– L’UE n’est-elle pas encore plus restrictive que la Finma?

– On ne compare pas des poires avec des pommes. Les assureurs suisses possèdent un portefeuille immobilier helvétique très conservateur et stable. A l’inverse, le marché immobilier européen est beaucoup plus volatil.

Nous devons accepter la duration zéro cette année, mais nous devons trouver une autre solution à l’avenir.

– Est-ce que les assurances vont vendre leurs immeubles?

– Nous ne devons pas vendre les immeubles immédiatement. Mais si nous ne trouvons pas de solution, ce qui n’est pas mon scénario, alors les assurances réfléchiront plus longtemps qu’aujourd’hui avant d’acheter des immeubles.

Il y a de bonnes raisons qui plaident en faveur de l’investissement immobilier pour une assurance. Les revenus sont stables, réguliers et intéressants. La Finma estime que la méthode optimale n’a pas encore été découverte.

– Quelle est l’étendue de la présence des assurances suisses sur le marché immobilier?

– Les assureurs placent environ 12% de leurs investissements en immobilier, avant tout en Suisse. Certains ont plus de 20%, d’autres 5%.

– Si l’on se rappelle le krach du début des années 1990, est-ce que le risque immobilier est vraiment négligeable en Suisse?

– Nous ne nions pas l’existence de risques. Mais l’idée d’une duration nulle n’est pas correcte. Vous voyez qu’il n’existe pas encore de modèle de risque bien calibré, dimensionné et accepté.

– Les règlements conduisent les assureurs à accroître toujours davantage leurs positions en obligations d’Etat. Est-ce raisonnable?

– Le marché des obligations d’Etats peu risqués est limité. Celui des titres de la Confédération en fait partie, mais sa taille est restreinte. La demande comprend tous les assureurs, les caisses de pension et les privés. Mais l’offre est réduite. Heureusement, la Confédération n’est pas aussi endettée que d’autres Etats, mais le marché de sa dette est limité.

– Est-ce le résultat de la loi si les assurances placent 90% de leurs investissements en obligations?

– C’est le fruit des directives ainsi que des exigences de la gestion parallèle des actifs et des engagements (Asset & liability management). Les placements à taux fixe conviennent aux engagements des assurances. Pour l’ensemble de la branche, compte tenu des limites du marché, il est impossible de concentrer tous les investissements en obligations de la Confédération. L’assureur qui désire ajouter des titres avec un rating inférieur doit disposer de fonds propres supplémentaires en raison du risque de défaut de paiement. La question est de trouver la bonne mesure. Certains professeurs affirment que le taux sans risque n’existe pas.