Les biocarburants, dont l'éthanol, une forme d'alcool produite par fermentation de sucres naturels, ont convaincu les autorités politiques de leurs mérites environnementaux. Les voitures rouleront davantage à l'éthanol. George Bush affirme lui-même appuyer le changement. Une loi a été passée qui conduira à doubler son utilisation d'ici à 2012. Subventions ou rabais fiscaux, parcages gratuits pour les voitures qui roulent à l'éthanol dans certaines villes. Partout dans le monde, les actes ont suivi les discours. Les raffineries ont compris le message. Mais «Wall Street est saoulée d'éthanol», écrivait le Financial Times, le 20 juin, avec un sens consommé de l'anticipation. Car ce jeudi soir Aventine Renewable Energy Holdings a bu la tasse. Au premier jour de cotation, l'action du quatrième producteur américain d'éthanol, avec une part de marché de 13,5%, a plongé de 10,8% au-dessous du prix d'émission. L'économiste sait que l'excès d'offre provoque une baisse du prix. C'est la première explication. En effet, le deuxième producteur du pays, VeraSun Energy, avait levé 419 millions de dollars lors de sa propre introduction en Bourse (IPO) le 14 juin. Et, après un début correct, le titre est presque revenu à la case départ. Deux IPO du même secteur en quelques jours, Aventine, qui demandait 390 millions de dollars, en a subi les conséquences. Et dire que le numéro trois, Hawkey Holdings, contrôlé par une société de private equity, prévoit d'emprunter également la voie de l'IPO cette année! «Il ne suffit plus de parler d'éthanol pour que les investisseurs achètent», selon un expert cité par l'agence Bloomberg. En réalité, les responsables de l'émission ont fait preuve d'un excès de gourmandise lorsqu'ils ont fixé le prix dans le haut de la fourchette attendue. Mais la désaffection du marché financier est prise au sérieux.

L'offre sera supérieure de 24% à la demande

Car le secteur a besoin d'un soutien actif des milieux boursiers pour financer les énormes investissements envisagés. Dans le cas d'Aventine, l'augmentation des capacités prévues atteint 38% aux Etats-Unis, mais des plans d'expansion existent aussi pour la Chine en 2008. Ses affaires se portent bien. Bénéficiaire, son chiffre d'affaires a augmenté de 9% à 1 milliard de dollars l'an dernier, et de 59% au premier trimestre. Au cours actuel, l'entreprise vaut 1,6 milliard de dollars. Un chiffre modeste comparé aux 27 milliards de dollars du leader du secteur, Archer-Daniels-Midland, il est vrai présent dans bien d'autres secteurs agrochimiques.

Pendant ce temps, le prix de l'éthanol ne donne guère de signes de faiblesse. Il bat chaque jour de nouveaux records. Comment un sentiment d'euphorie ne pourrait-il s'installer lorsqu'on voit les investisseurs américains acheter pour 14,3 milliards d'actions de ce secteur ces 12 derniers mois? Même Bill Gates n'a pu y résister. Pourtant, le doute gagne toute l'industrie de l'éthanol. Dans les deux ans, les projets envisagés feront que l'offre dépassera la demande de 24%, selon un spécialiste de Standard & Poor's. L'avenir de l'éthanol et de ces compagnies dépendra davantage encore de décisions qui touchent autant à la technologie qu'à la géopolitique. Une nouvelle génération d'éthanol est en train de voir le jour. Alors, pourquoi faut-il subventionner la forme actuelle? Selon le Financial Times, comme les systèmes de production les plus efficaces et les moins polluants viennent des pays émergents, les agriculteurs et les gouvernements des pays occidentaux ralentiront le changement technologique.