Monnaie

Seule la BNS peut rendre le franc obsolète

Le franc suisse n’est pas menacé par l’euro, mais il l’aurait été si le cours plancher avait été maintenu, écrit Ulrich Kohli, ancien chef économiste de la BNS, dans un essai, présenté vendredi à Berne en l’honneur des 75 ans de l'économiste Ernst Baltensperger

L’euro n’a pas rendu le franc redondant, «mais nous l’avons évité de justesse», écrit Ulrich Kohli, chef économiste à la BNS de 2001 à 2009 dans le livre consacré aux 75 ans d’Ernst Baltensperger. L’ouvrage en l’honneur du professeur émérite de l’Université de Berne, et économiste réputé en matière monétaire, a été présenté vendredi à Berne.

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Le franc a-t-il réellement été menacé dans son existence? Le cours plancher a fait peser un lourd danger, selon Ulrich Kohli. «S’il n’avait pas été aboli, la redondance entre les deux monnaies serait devenue presque irréversible, et la faute n’en aurait pas été imputable à l’euro, mais à nous-mêmes», explique l’ancien chef économiste de la BNS. «C’est la Banque centrale elle-même et ses critiques incessantes ainsi que les pressions du lobby exportateur et de certains cercles politiques qui auraient pu tuer le franc», ajoute-t-il. L’économiste rappelle que l’objectif de la BNS «n’est pas de maximiser la croissance, la production et l’emploi, mais le bien-être et le niveau de vie de la population actuelle».

Le drame des expériences de taux artificiellement fixes

Dans une conférence tenue en 2002, l’économiste estimait déjà qu’il n’existait pas de risque d’«euro-isation» de la Suisse si la BNS se concentrait sur son objectif de stabilité de prix. «Une monnaie étrangère n’aurait eu tendance à le remplacer que si la monnaie locale était confrontée au soupçon et à une perte de crédibilité», selon l’auteur.

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Une décennie plus tard, le franc n’a pas du tout été rendu obsolète. Depuis 2002, le nombre de francs, en termes de base monétaire, a été multiplié par 20. Le franc est un «best-seller», à son avis, mais il s’en est fallu de peu pour qu’il en aille autrement. «A chaque reprise, lorsque le franc a été artificiellement fixé contre une ou plusieurs monnaies, l’expérience s’est terminée par un échec», constate l’économiste. Il rappelle la fin de l’Union monétaire latine en 1927, la dévaluation de 1936, les réévaluations de 1971 et 1973, et le cours plancher de 2011 à 2015.

L’économiste n’indique pas s’il pense que le franc est sur ou sous-évalué. «Il est difficile d’évaluer le degré de sur ou de sous-évaluation», affirme Ulrich Kohli. Tout le monde parle de franc fort. Comment peut-on penser qu’il soit sous-évalué? «En vertu de certains critères, il est possible d’affirmer que le franc est sous-évalué.» L’économiste en veut pour preuve les interventions de la BNS et l’énorme excédent de la balance courante.

L’euro ne disparaîtra pas

Ulrich Kohli n’est nullement sceptique sur l’euro. «C’est un succès», affirme l’économiste, qui ajoute que la monnaie unique n’a nul besoin d’une union budgétaire et d’un partage de la dette publique pour perdurer. Une telle union n’est ni nécessaire ni souhaitable. Par contre, la zone euro a davantage besoin d’une «convergence des mentalités et des attitudes» en ce qui concerne la discipline financière, la morale fiscale et la définition du comportement responsable. Si l’euro est durable, certains pays périphériques pourraient, eux, en sortir.

L’économiste défend par ailleurs les taux négatifs et rappelle que les taux réels sont proches de zéro. L’idée d’une modification de la stabilité des prix en proposant un taux de 4% signifierait un triplement des prix en vingt-huit ans. Un franc ne vaudrait alors que deux centimes après cent ans. «La monnaie ne deviendrait pas obsolète, mais sans valeur.»

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