Avec ses peluches multicolores comme décoration et sa cuisine ouverte à tous, Pop Cap est un étrange symbole des espoirs de l’économie irlandaise. C’est pourtant sur ce genre d’entreprises que repose la croissance future du pays. Entreprise américaine de jeux vidéo, Pop Cap a installé son siège européen à Dublin. Soixante employés actuellement mais des plans pour en engager quarante de plus d’ici à trois ans. «Nous sommes en pleine croissance, notamment grâce à nos jeux pour les iPhones», claironne Paul Breslin, son directeur européen.

Pop Cap ne vend presque rien en Irlande, étant entièrement tournée vers l’exportation en Europe. L’entreprise s’est installée à Dublin pour rejoindre une série de sociétés technologiques déjà basées là: Google, Microsoft, ou plus récemment l’entreprise de jeux vidéo Zynga. L’industrie pharmaceutique et la chimie sont deux autres domaines d’excellence du pays. C’est ce modèle orienté vers l’export qui a fait le succès du Tigre celtique pendant vingt ans: avec 18% de son PIB provenant des exportations, l’économie irlandaise est l’une des plus ouvertes du monde occidental. Or, avant la crise, des salaires de plus en plus élevés et des loyers exorbitants avaient grignoté ses avantages concurrentiels. «La crise nous a permis de fortement réduire notre base de coûts», se félicite Fergal O’Brien, économiste à l’IBEC, l’organisation patronale.

Il souligne que les bureaux se louent aujourd’hui 50% moins chers. De plus, les salaires ont baissé. «Une embauche se fait 25% en dessous du niveau de salaire d’avant la crise», ajoute Fergal O’Brien. Bref, selon lui, les conditions pour un rebond sont réunies: «L’économie irlandaise n’a pas besoin de se réinventer, mais simplement de revenir au modèle des années 1990.» C’est pour cette raison que l’Irlande tient tant à conserver l’impôt sur les sociétés à 12,5%, l’un des plus bas d’Europe.

Cette vision optimiste de l’économie oublie cependant deux éléments clés. Le premier est l’incertitude sur la croissance mondiale, dont dépendent les exportations. Le second, plus important, est que 80% de l’économie vient de l’activité domestique. Or, la demande intérieure a baissé de 26% en termes réels depuis 2007.

Le moral des ménages, qui était légèrement remonté début 2010, est retombé au plus bas. Et les plans d’austérité à répétition du gouvernement, tout comme le triplement du chômage, à 14%, poussent les Irlandais à épargner.

Pour Alan McQuaid, économiste à Bloxham, une société de courtage, les coupes budgétaires à venir sont donc trop rapides. «C’est stupide de vouloir ramener le déficit à 3% (contre 32% cette année) dès 2014: on ne peut pas à la fois relancer l’économie et réduire les déficits.» Seul élément positif: la demande intérieure a déjà tellement chuté que, statistiquement, elle devrait se stabiliser. Après 2010 à croissance zéro, la plupart des économistes parient ainsi sur un léger retour de la croissance en 2011.