Analyse

Seule la Silicon Valley peut encore sauver le capitalisme

Joseph Schumpeter avait annoncé la fin du capitalisme. Il s’attendait non pas à ce que ce dernier succombe aux attaques des «travailleurs» mais plutôt aux effets dramatiques des excès d’égalité, de sécurité et de réglementations. Nous sommes arrivés à ce moment clé de l’économie de marché 

Dimanche soir au téléjournal, le journaliste de la télévision d’Etat lance un sujet sur le revenu de base universel. Il ajoute qu’en Suisse l’initiative portant sur ce sujet avait été «plébiscitée» par un quart des votants. Etrange interprétation d’une large défaite socialiste en 2016. L’apologie de cette forme de redistribution traduit l’impopularité du capitalisme, celle que l’on retrouve dans la volonté de taxer Amazon, Google ou les «riches» plutôt que de défendre la culture du risque. Est-ce la fin du capitalisme en Occident?

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Joseph Schumpeter, père de l’idée de destruction créatrice, avait annoncé la fin du capitalisme («The March into Socialism», 1950). Son scénario ne prévoyait pas une prise du pouvoir par le prolétariat. Il pensait plutôt que le capitalisme succomberait à trois forces: l’excès de sécurité, d’égalité et de réglementations.

Le processus de destruction créatrice n’y aurait plus sa place et l’amélioration des conditions de vie serait rendue impossible. «Cette thèse menace de se réaliser», affirme Fabian Schönenberger, associé de la société M1 et auteur d’un essai («Null-Toleranz und kreative Zerstörung»), dans l’ouvrage Total Data, Total Control (Progress Foundation, NZZ Libro, 2017).

L’esprit sécuritaire, premier adversaire du capitalisme

La sécurité est omniprésente depuis l’attentat du 11 septembre 2001 à New York. Des mesures de lutte contre le terrorisme sont compréhensibles, mais «elles devraient être raisonnables. Or on prend les adultes pour des enfants», critique Christopher Preble, chercheur au Cato Institute, lors d’une présentation à Zurich, organisée par la Progress Foundation. Le coût des mesures de sécurité dépasse leur bénéfice. La probabilité d’avoir un cancer en raison des scanners lors des contrôles de sécurité dans les aéroports est par exemple supérieure à celle d’un attentat terroriste, explique-t-il. Le risque d’attentat causé par un réfugié est également complètement surestimé.

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Ce désir de contrôle se traduit, au niveau d’un pays, par le nationalisme et le désir d’autonomie (Brexit, Catalogne), l’élection de Donald Trump et l’opposition à la libre circulation des personnes.

La quête d’égalité, deuxième force destructrice aux yeux de Schumpeter, est plus forte que jamais en Europe. La quasi-totalité des questions économiques ou politiques est analysée à l’aune de leur impact sur les inégalités. Le philosophe des sciences Karl Popper (La Société ouverte et ses ennemis, 1945) avait pourtant démontré que liberté et égalité s’excluaient mutuellement.

La réglementation, troisième élément de la destruction, s’étoffe à vue d’œil sous l’effet d’une accumulation de lois, interdits, codes ou circulaires. Face aux nouvelles technologies (blockchain, intelligence artificielle), le régulateur devrait rapidement dévoiler sa position et si possible l’encourager. L’entrepreneur a besoin de connaître la direction des réglementations afin qu’il démarre ou non son projet, selon Fabian Schönenberger. Or l’approche actuelle n’encourage pas l’innovation.

La culture de l’échec

Cette préférence pour la sécurité, l’égalité et la réglementation s’impose même à Davos au sein du World Economic Forum, selon Fabian Schönenberger. En effet, Klaus Schwab considère d’abord les conséquences négatives de l’industrie 4.0 plutôt que ses opportunités. Le WEF veut lancer un vaste débat politique, sociétal et médiatique pour limiter les risques et omet l’innovateur et l’entrepreneur, note l’auteur.

Aujourd’hui c’est l’entrepreneur propriétaire qui supporte les risques. Son aspiration à la liberté le place en première ligne du combat face aux forces sécuritaires et bureaucratiques. Il subit le risque de perte et se bat pour la défense d’une culture de l’échec dans la société. Cette fonction est essentielle au capitalisme. Elle rappelle que l’entrepreneuriat n’est pas une voie facile vers la richesse contrairement à ce que voudraient nous faire croire les socialistes.

La culture de l’échec est affaiblie par les obstacles administratifs, le discours égalitaire et une aversion au risque qu’encouragent même les banquiers centraux, eux qui cherchent à supprimer les cycles. Elle l’est enfin par les mesures immorales telles que le revenu de base universel. L’amour du risque et la liberté qui règnent encore dans la Silicon Valley (et naturellement en Asie) parviendront-ils à sauver le capitalisme?

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