Débat

Seuls 16% des économistes américains «rejettent fortement» le RBI

La grande majorité des économistes s’oppose à un RBI à 13 000 dollars par an pour les plus de 21 ans, mais un grand nombre soutiennent le principe ou se disent incertains, lors d’un sondage de l’IGM Forum de Chicago

Quarante-et-un professeurs d’économie des grandes universités américaines ont répondu à un sondage publié mardi par l’International Global Markets Forum (IGM Forum), un institut appartenant à la Chicago Booth School of Business de l’Université de Chicago. Ils rejettent à 58% (dont 16% fortement) une proposition de revenu de base inconditionnel (RBI).

Mais le détail des réponses indique que le principe de RBI rencontre un écho assez favorable au sein des grandes universités américaines. 19% des économistes se déclarent «incertains» et 9% n’ont pas d’opinion. Seuls 2% sont d’accord avec le RBI proposé. La question posée par l’IGM Forum ne portait pas sur le modèle rejeté par le peuple suisse mais sur un revenu inconditionnel de 13 000 dollars par an à partir de 21 ans et la suppression de tous les transferts financiers (sécurité sociale, Medicare, Medicaid, subventions).

Les 41 économistes sont considérés comme représentatifs par l’IGM Forum. On y rencontre par exemple Daron Acemoglu, professeur au MIT et auteur de «Why Nations Fail», Alberto Alesina, professeur à Harvard et expert sur les politiques d’austérité.

La question porte sur la suppression des allocations

Daron Acemoglu fait partie des «incertains». «La situation actuelle est horrible. Un système social généreux et efficient est souhaitable, mais le RBI est cher et insuffisamment généreux», écrit-il. Barry Eichengreen, professeur à Berkeley, appartient aussi aux «incertains». «Les études à ce sujet sont prometteuses, mais il faudra attendre les résultats des expériences en cours avant de se prononcer», commente-t-il.

Larry Samuelson, professeur à Yale, se dit pour sa part favorable au principe d’un RBI, mais «sceptique sur les conséquences de la suppression de tous les autres transferts financiers».

Un coût de 3000 milliards de dollars

Steven Kaplan, professeur à Chicago, est le seul économiste qui accepte sans réserve le RBI. Plusieurs autres soutiennent le principe mais contestent la forme. Eric Maskin, professeur à Harvard, n’est pas d’accord avec la proposition, précise toutefois qu’«un revenu minimum est sensé, mais pas au prix d’une suppression de la sécurité sociale».

Jonathan Levin, professeur à Stanford, évalue le coût du RBI imaginé ici à 3000 milliards de dollars, soit l’équivalent des recettes fiscales fédérales des Etats-Unis.

Les économistes regrettent souvent l’effet disruptif du revenu inconditionnel sur les assurances sociales. Caroline Hoxby, professeur à Stanford, estime que le RBI ignore la logique des assurances sociales. «Il serait absurde de donner 13 000 dollars à Bill Gates. L’effort de redistribution devrait bénéficier à ceux qui en ont vraiment besoin», ajoute Oliver Hart, professeur à Harvard.

Christopher Udry, professeur à Yale, met en avant l’avantage de la simplicité du concept de RBI, mais celui-ci se révèle trompeur, à son goût, car il faudrait l’intégrer au sein d’une réforme de la fiscalité et de l’assurance maladie.

Ecarts entre les économistes et les citoyens

Le sondage de l’IGM Forum s’inscrit dans un projet de comparaison de l’opinion des «élites» de l’économie à celui de la population. Une étude des économistes Paolo Sapienza et de Luigi Zingales de l’université de Chicago a ainsi montré une différence de 35 points de pourcentage sur une série de thèmes d’actualité.

Les économistes sont généralement d’accord entre eux, mais l’écart avec le citoyen moyen est considérable. L’explication tient avant tout à l’interprétation des questions et au fait que l’Américain moyen ne partage pas les hypothèses implicites comprises dans les réponses des économistes.


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