Rien n'est immuable, même à la SGS. La Société Générale de Surveillance devrait enfin passer sous le régime de l'action unique, proposition qui sera présentée lors de la prochaine assemblée générale. Cette restructuration du capital doit permettre de parvenir à davantage de transparence dans les relations entre actionnaires de premier et de second rangs. Elle doit aussi ouvrir une perspective à la société dont les administrateurs s'entre-déchirent depuis maintenant deux ans. Cette avancée risque de se faire au détriment d'Elisabeth Salina Amorini, descendante du fondateur et ancienne présidente. Max Amstutz, le président du conseil qu'elle avait elle-même recruté, a annoncé lundi qu'il proposerait sa révocation du conseil d'administration.

L'initiative du passage à l'action unique a été lancée lundi par deux camps jusqu'ici opposés sur cette question. Elisabeth Salina Amorini a depuis longtemps, et notamment lors de la dernière assemblée, défendu cette idée. Elle l'a présentée plus en détail lundi lors d'une conférence de presse. Coïncidence? Juste avant l'ouverture de la Bourse, le président Amstutz avait annoncé par voie de communiqué que «trois des actionnaires principaux de la SGS lui ont fait part de leur soutien à une modernisation du capital» qui se traduira par une proposition de l'action unique à la prochaine assemblée générale. Il s'agit de Swiss Life, de Worms & Cie et du baron von Finck, qui s'est finalement rangé à l'avis des autres grands actionnaires. Le richissime homme d'affaires allemand s'était en effet jusqu'ici refusé à abandonner du terrain sur cette question.

Il aura fallu l'intervention personnelle du patriarche du groupe Agnelli, propriétaire de Worms & Cie, pour parvenir à un accord. Ce dernier est parfaitement ficelé: le communiqué de la SGS lundi matin annonce déjà que les grands actionnaires apporteront leur soutien à l'élection des deux administrateurs représentants de Worms & Cie (alors qu'ils avaient été écartés à la dernière minute l'an dernier) et que cette dernière réduira la participation de son pool en dessous du seuil d'un tiers des droits de vote en signe de bonne volonté. Le communiqué de Max Amstutz se termine par un dernier paragraphe où le président annonce qu'à la «suite d'une expérience longue et frustrante, le conseil est arrivé à la conclusion qu'il n'est pas possible de travailler avec Mme Elisabeth Salina». Le président annonce qu'il va proposer au conseil de soumettre à la prochaine assemblée la révocation de l'ancienne présidente «afin de lui offrir liberté entière de poursuivre ses efforts en tant qu'actionnaire».

Worms & Cie, alliée de l'ancienne présidente et qui fait partie du même pool d'actionnaires, a-t-elle lâché Elisabeth Salina? Cette dernière souligne que le pool prévoit que «chacun vote pour les représentants de l'autre». Worms & Cie affirme de son côté qu'il n'est pas dans l'habitude de la maison de commenter les accords privés qu'elle a passés avec d'autres actionnaires. Pour son porte-parole, «la position de Worms & Cie au sujet d'un vote sur l'éventuelle révocation de Mme Salina lors de la prochaine assemblée n'est pas arrêtée». La SGS a déjà vu des pools d'actionnaires se faire et se défaire, mais il y aurait une certaine ironie à voir Worms & Cie voter contre celle par laquelle elle est entrée dans le capital de la SGS.

Elisabeth Salina se dit confiante: «Les Agnelli ne pourraient pas se déjuger à moins d'inquiéter toutes les sociétés familiales en Europe avec lesquelles ils ont des accords similaires.»