Shanghai, probable siège de la nouvelle «banque mondiale» des BRICS

Financement Cinq pays émergents, dont la Chine et la Russie, créeront la semaine prochaine leur propre établissement de développement

Les 15 et 16 juillet, les dirigeants des BRICS – acronyme anglophone de Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – se réuniront à Fortaleza, puis à Brasilia, pour créer leur propre banque de développement et décider de l’emplacement de son siège.

La future banque, première institution créée par les BRICS, pourrait être une concurrente directe des institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale), nées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Elle débutera avec un capital initial de 10 milliards de dollars. «Sa force de frappe pourra être portée au maximum à 100 milliards de dollars. Nous nous sommes mis d’accord sur le fait que le capital sera apporté d’ici à sept ans. Le capital se répartit de manière proportionnelle entre les participants», a indiqué mercredi le ministre russe des Finances, Anton Silouanov. Copie conforme de la Banque mondiale à l’échelle des BRICS, la nouvelle entité «défiera la domination financière américaine et réformera le système financier international, qui souffre d’un déséquilibre considérable en faveur de l’Occident» , comme l’écrit sur son site la radio La Voix de la Russie.

Dans la course au siège, qui sera connu la semaine prochaine, Shanghai part favori, selon une source proche du dossier. La Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud ont également suggéré des villes susceptibles de pouvoir accueillir le siège de l’institution. D’autres pays pourront rejoindre le futur établissement, mais les cinq membres des BRICS garderont le contrôle des parts, soit plus de 55%. La présidence de la banque alternera tous les cinq ans, le premier président devant être désigné en juillet. Lors de ce sommet, les mêmes pays des BRICS devraient constituer un fonds d’urgence de 100 milliards de dollars d’entraide en cas de crise financière, auquel la Chine contribuera majoritairement à hauteur de 41 milliards, suivie du Brésil, de la Russie et de l’Inde pour 18 milliards, puis de l’Afrique du Sud pour 5 milliards. Une réserve censée protéger les économies de ces pays des fluctuations des marchés.

«Mesure de rétorsion»

Pour Daniel Kaiser, ancien directeur suisse au FMI, il faut y voir «une réponse suite à l’obstination américaine de ne pas modifier les quotes-parts des droits de vote. Les Etats-Unis bloquent les réformes. On ne peut pas reprocher aux membres des BRICS de prendre une mesure de rétorsion à leur encontre. La répartition du pouvoir est une chose nécessaire.»

Cela va-t-il fonctionner? «Il y a plusieurs banques de développement dans le monde et aucune n’arrive à concurrencer la Banque mondiale. Le financement du développement mondial est conséquent, toutes ces banques peuvent faire leur place. Je m’interroge néanmoins si ces pays (ndlr: les BRICS), qui ne forment pas une unité, vont s’entendre.»

La constitution de ce nouvel organisme financier arrive au moment où la Chine est parallèlement en train de créer une institution financière en Asie, qui rivalisera avec la Banque asiatique de développement (BAD), jugée, par Pékin, sous influence américaine et de son allié nippon. A eux deux, Américains et Japonais détiennent plus de 31% du capital de la BAD contre 5,47% pour la Chine. La nouvelle entité, déjà nommée Banque d’investissement des infrastructures asiatiques, débutera avec un capital de 100 milliards de dollars. Celui de la BAD s’élève à 165 milliards. Sa mission: financer principalement des infrastructures dont l’Asie a besoin. Une mission complémentaire à celle de la BAD, donc, selon la Chine.