Les sherpas, c’est-à-dire les têtes pensantes et proches collaborateurs des chefs d’Etats du G20, ont débarqué à Londres lundi. Leur mission: finaliser autant que possible le projet d’accord et laisser ouvertes uniquement les questions qui nécessitent des décisions politiques. Hommes de l’ombre, ces technocrates représentent un maillon indispensable dans la négociation internationale. Le surnom «sherpa» est utilisé en référence aux guides et porteurs de l’Himalaya qui participent aux expéditions, mais qui ne sont pas là lorsque leur patron plante le drapeau au sommet.

Au G20, plusieurs réunions ont été nécessaires pour parvenir à un projet d’accord dans sa forme actuelle. La dernière en date a eu lieu le 16 mars à Londres. C’était une séance de ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20. Les sherpas ont travaillé parallèlement avec les quatre groupes de travail qui ont été institués le 15 novembre, lors du premier sommet du G20 à Washington.

Le projet d’accord tel qu’il a été publié par le Financial Times de lundi contient en préambule un état des lieux, des déclarations d’intention et enfin des engagements fermes. C’est sur dernier point que les sherpas laissent des parenthèses qui indiquent que des décisions restent à prendre. A titre indicatif, les négociations du Cycle de Doha, notamment les volets «agriculture» et «produits industriels», ont déjà fait l’objet de plusieurs projets d’accords, mais n’ont pas encore dégagé de consensus.

Clivage Nord-Sud

Certains sherpas du G20 ne sont pas des inconnus. Notamment Xavier Musca, secrétaire général adjoint de l’Elysée et responsable des dossiers économiques, Jon Cunliffe, qui fait partie de la garde rapprochée de Gordon Brown, ou encore Jörg Asmussen, attaché au Ministère allemand des finances. Avec leurs autres collègues du G20, ils n’ont pas de problème en ce qui concerne les principes généraux: contre le protectionnisme, besoin de régulation du marché financier ou contrôle des agences de notation. Mais au-delà, les parenthèses sont de mise, plus particulièrement lorsqu’il s’agit de prendre des engagements financiers.

Les Vingt sont d’accord sur la nécessité de mettre sur pied des programmes de relance, mais n’avancent aucun chiffre collectif. Tout comme sur les besoins financiers des banques de développement et du Fonds monétaire international (FMI). Sur ce point, les négociations resteront vives jeudi jusqu’à la dernière minute. De nombreux pays demandent à l’institution d’assumer une plus grande responsabilité, mais à condition qu’elle soit plus démocratique. Ils demandent surtout aux Etats-Unis et à l’Europe d’abandonner leur toute-puissance dans la gestion du FMI.

Les jeux d’alliances prennent de l’importance dans la négociation internationale. Force est de constater que le clivage Nord-Sud se dessine clairement au sommet du G20, même si la Chine s’aligne avec les Etats-Unis pour demander que l’Europe investisse aussi massivement dans des plans de relance.

Une autre parenthèse concerne la création d’un fonds pour assurer le financement du commerce. Dans ce dossier, les sherpas ont Pascal Lamy, directeur de l’OMC, comme personne de référence. Il a été question de doter ce fonds de 100 milliards de dollars.