Le conseil de vote lors des assemblées générales – destiné aux caisses de pension et investisseurs institutionnels – est un métier en pleine expansion. Les agences spécialisées dans ce domaine se multiplient, quelques semaines après l’acceptation de l’initiative Minder, qui prévoit l’obligation d’exercice des droits de vote.

Swiss Proxy Advisor (Swipra) a ainsi été lancée fin mars. Cette fondation de droit suisse proposera dès 2014 des recommandations de vote à ses clients par le biais du site spécialisé Sherpany. Créé par la fondation collective Vita, la Conférence des administrateurs de fondations de placement (KGAST) et la caisse de pension de Credit Suisse, ce nouvel acteur n’interviendra pas directement lors des assemblées générales et ne communique pas publiquement ses recommandations.

Une pratique différente de celle adoptée par les fondations Ethos et Actares (Actionnariat pour une économie durable). En tout, une demi-douzaine de sociétés sont actives dans ce domaine en Suisse. Basée à Zurich, Corporate Governance Agence Suisse (CGAS) conseille les actionnaires lors de l’exercice des droits de vote à l’occasion des assemblées depuis 2006 avec une petite structure. ZCapital, un gérant de fortune zougois spécialisé dans les petites et moyennes capitalisations, gère de son côté un site consacré aux assemblées.

Un nouvel acteur est-il dès lors nécessaire en Suisse? Barbara Heller, directrice de Swipra, en est convaincue. «Le marché a toujours besoin de concurrence», juge-t-elle. Elle souligne aussi que la fondation, dotée d’un capital de départ de 300 000 francs, n’aura aucun mandat dans la gestion d’actifs et n’exercera aucune autre activité de conseil. Au contraire d’Ethos ou de ZCapital qui gèrent aussi des fonds pour leurs clients. Les recommandations de vote de Swipra porteront sur les 50 plus grandes sociétés cotées en Suisse et seront élaborées en partenariat avec l’Institut de banque et finance (IBF) de l’Université de Zurich. Quant aux directives de vote, elles seront déterminées selon le principe de «création de valeur à long terme», poursuit Barbara Heller. Au contraire d’Actares, Swipra ne tiendra pas spécifiquement compte de critères environnementaux ou sociaux.

De son côté, Dominique Biedermann, directeur d’Ethos, observe que «l’initiative Minder a fait bouger pas mal de choses ces derniers mois». Cependant, il s’agit d’une tendance de fond qui ne date pas de l’acceptation de l’initiative. Le directeur émet quelques critiques à propos de ses nouveaux concurrents. «Ethos publie ses lignes directrices de vote et des critères utilisés pour prendre les décisions. Nous communiquons aussi nos prises de position, ce qui n’est pas le cas chez Swipra et CGAS», souligne-t-il. Il émet aussi des réserves à propos du fait que Swipra compte des administrateurs de grandes sociétés cotées dans son conseil de fondation. Les professeurs Bruno Gehrig – administrateur chez Roche et Swiss – et Peter Forstmoser – ex-président de Swiss Re – en font partie. De son côté, Swipra répond que les membres du conseil de fondation devront s’abstenir de participer à l’élaboration de recommandations de vote lorsqu’il s’agit de firmes avec lesquelles ils ont travaillé durant les cinq dernières années.

Chez Inrate, une agence spécialisée dans la notation des sociétés selon les principes de développement durable, Stefano Gilardi, directeur du département relations clients, observe que «la crise financière a beaucoup aidé à faire prendre conscience aux investisseurs de l’importance de leur responsabilité. Cette réflexion les a conduits à faire analyser leur portefeuille aussi en fonction des critères de durabilité.» La société emploie une vingtaine d’analystes répartis entre Fribourg et Zurich. Certes, «il y a bien sûr aussi un aspect business, puisque l’initiative oblige les caisses de pension à voter», admet-il. Pour autant, il ne s’agit «pas d’une nouvelle mine d’or», relativise-t-il. Inrate a annoncé en janvier une collaboration avec CGAS et ZCapital. Peut-être le signe d’un premier mouvement de consolidation.

Certes, «il y a aussi un aspect business, puisque l’initiative oblige les caisses de pension à voter»