«StopElon», «F***Musk», «ShibaC***OnElon». Ces cryptomonnaies aux noms fleuris ont été lancées ces derniers jours pour lutter contre l’influence d’Elon Musk sur le marché des cryptos. Ces «Elon-coins» rejoignent les milliers de «shitcoins», ces jetons numériques opportunistes sans technologie ni utilité, qui pèsent parfois des milliards de dollars. Ce qui ne signifie pas qu’il existe une forte demande et que la richesse apparemment créée soit réelle.

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Au moins, ces coins anti-Musk ont un objectif clair: envoyer le milliardaire sur Pluton (pour le StopElon) et parier à la baisse sur l’action Tesla (pour le F***Musk, qui prélèvera dans ce but une commission de 4% sur les transactions). Mais les autres cryptos de ce genre visent surtout à vendre le rêve d’une fortune immédiate et sans effort. Sans beaucoup de succès, loin de là.

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Durant les sept derniers jours, marqués mercredi par un trou d’air phénoménal sur le bitcoin, le dogecoin a perdu 25%. Cette crypto lancée en 2013 comme une plaisanterie et soutenue par l’incontournable Elon Musk affiche encore une capitalisation boursière de 50 milliards de dollars, ce qui en fait la septième crypto la plus importante. Une de ses variantes, le shiba, a même été la pire crypto sur sept jours, perdant 54%, pour une capitalisation boursière de 4 milliards (contre plus de 13 milliards le 11 mai).

Pourquoi tant de ces cryptos sans valeur sont-elles créées?

Quelques dizaines de minutes suffisent pour lancer une crypto sur des plateformes comme Binance Smart Chain. Fonctionnant sans contrôle central et selon des protocoles automatisés (ce qui fait justement leur attrait, selon leurs partisans), les sites de finance décentralisée (DeFi) ne vérifient pas si les projets de cryptos reposent sur une véritable technologie, s’ils possèdent des capitaux ou s’ils offrent des garanties. Quelques centaines de francs d’investissement de base peuvent suffire, comme le raconte sur YouTube Yann Darwin, un investisseur français qui a lancé début mai le JeanKevinCoin. Cette parodie de crypto, présentée comme telle, a valu près d’un million de dollars en quelques heures. Avant de s’écraser.

Pourquoi ces cryptos sans valeur montent-elles?

L’écrasante majorité des acheteurs de tokens veut trouver le prochain actif qui bondira, en acheter et revendre lorsque le grand public commence à en parler. Des apps permettent de suivre les transactions effectuées par d’autres investisseurs connus via les réseaux sociaux, de manière à détecter les nouvelles pépites ou prétendues telles. Autre raison, fondamentale, de cette hausse: l’absence de liquidité qui caractérise ces cryptos. Quelques transactions d’achat suffisent pour que les algorithmes des plateformes d’échange poussent le cours à la hausse, afin d’encourager les détenteurs à vendre. L’absence de vente, souvent car à peu près personne ne détient de telles cryptos à leur début, se traduit par des pics extrêmement rapides. Et quand les détenteurs commencent à vendre, l’effet est symétrique, avec un krach tout aussi violent.

De véritables fortunes sont-elles créées?

Pas vraiment. La capitalisation de marché, résultant de la multiplication du cours par le nombre de jetons émis dans un projet, est un indicateur trompeur, qui ne reflète pas la véritable valeur d’une crypto. Si tous les détenteurs du dogecoin – par exemple – vendaient immédiatement, ils n’empocheraient pas collectivement 50 milliards, car les ventes initient une baisse immédiate du cours. Les seuls qui peuvent s’enrichir avec un «shitcoin» sont ses promoteurs, lorsqu’ils parviennent à orchestrer une hausse artificielle et à revendre avant que tout n’éclate. Ou les boursicoteurs chanceux, arrivés et sortis au bon moment.