«En Chine, on préfère les gags visuels, exagérés»

Shu Huan est le père de l’un des plus gros succès commerciaux chinois. Avec des recettes estimées à 1,268 milliard de yuans – environ 200 millions de francs: ce que le dernier Jurassic Park a réuni en un week-end aux Etats-Unis –, Lost in Thaïland (2013) a tenu jusqu’à cet été la première place du box-office chinois. Shu Huan, le scénariste de cette comédie potache, était cette semaine à Locarno, invité par l’association Bridging the Dragon (voir ci-dessus).

Le premier conseil qu’il donnerait aux Occidentaux voulant séduire le public chinois: faire des comédies. «Les Chinois subissent une grande pression au travail, alors ils cherchent des choses distrayantes et relaxantes quand ils vont au cinéma», explique-t-il via sa traductrice.

«Jouer avec la censure»

Shu Huan planche sur des scénarios danois et allemands pour les rendre compatibles avec le public chinois. «Dans le projet danois, ils parlent d’une femme chinoise. Mais pour que l’on reconnaisse une femme chinoise, il faut la rendre plus passive, plus timide que ce qu’elle n’était dans le scénario original», explique Shu Huan. Autre différence: «En Occident, vous préférez le sens de l’humour assez fin. Alors qu’en Chine, on préfère les gags visuels, et souvent un peu exagérés.» Enfin, dans une comédie occidentale, «il y a surtout des blagues sur les différences de personnalités. En Chine, ce serait sur des différences de classes sociales…»

La censure chinoise «n’est pas un problème» pour Shu Huan. «En Chine, nous savons très bien comment jouer avec les règles du gouvernement…»