Traçabilité

Sicpa brise enfin la glace avec le public romand

Le leader mondial des encres de sécurité a pour la première fois dévoilé son intimité. La multinationale vaudoise dit avoir doublé ses effectifs ces dix dernières années

C’est ce qui s’appelle une entorse à la règle. Sicpa, le numéro un mondial des encres et des technologies de sécurité, a ouvert mercredi soir ses portes à la population locale. Ou plutôt entrouvert. Car c’est la première fois depuis sa création en 1927 que l’entreprise vaudoise, réputée pour être parmi les plus discrètes du pays, a laissé entrer dans son siège lausannois autant d’inconnus à la fois. Pas plus de 80 personnes au total. L’opération s’inscrivait dans le cadre de la 2e édition – une première s’étant tenue l’an passé à Genève – de visites de fleurons du secteur privé romand organisé par le Groupement des Entreprises multinationales.

Le site de Prilly, qui emploie quelque 400 salariés (unités de support, de recherche et de développement), a toujours été tenu «top secret». Portes et vitrages blindés, agents en uniforme ou en costumes sombres – au code couleur du bâtiment Sicpa –, détecteur de métal, écrans de contrôle, etc.: tout est fait en temps normal pour dissuader les curieux. Marissa est venue avec son époux. Tous deux retraités, ils attendent patiemment dans l’antichambre de filtrage des visiteurs, avant de pénétrer l’antre du leader mondial des encres de sécurité. «J’ai toujours rêvé de visiter ces bureaux. Mais, même en tant que membre de la famille d’un employé, je n’ai jamais eu le droit de le faire. J'ai de la chance d'être ce soir sur la courte liste des 80 invités», estime-t-elle en se prêtant à un contrôle d’identité obligatoire.

Une fois admis dans l’enceinte dominée par un bâtiment de trois étages, le couple se dirige vers ce qui était, il y a encore plus une quarantaine d’années, l’usine Sicpa. Aujourd’hui, le site de production (le plus grand au monde en matière d’encres de sécurité) se trouve à Chavornay. Soit le «Fort Knox» de la multinationale, strictement interdit aux visites, où travaillent quelque 600 collaborateurs. L’exercice du jour se borne donc à la découverte du périmètre ayant abrité l’édifice historique de Sicpa, lequel concentre toujours ses laboratoires. Les équipes R&D occupent en effet une grande partie des surfaces au siège de Prilly.

Entité silencieuse, mais à vocation humaniste

À l’intérieur: cloisons boisées et larges portraits bigarrés ornent les murs. La salle de réception est déjà pleine comme un œuf. La plupart des invités, en majorité des hommes, portent un veston-cravate. Les présentations peuvent commencer. «Sicpa emploie environ 3000 personnes (un tiers de ses effectifs est donc en Suisse, ndlr), dans 37 pays. Notre mission, notamment, est de contribuer à une société meilleure et plus saine, sachant que la contrefaçon alimente, directement ou indirectement, le terrorisme et les conflits armés», signale son président, directeur exécutif et actionnaire ultramajoritaire Philippe Amon, petit-fils du fondateur de la société Maurice Amon, qui avait débuté ses activités il y a près de 90 ans en produisant de la graisse à traire. À présent, l’entité aux plus de 4000 brevets – plusieurs dizaines sont déposés chaque année –, spécialisée dans la sécurité pour les billets de banque et les documents, comme les pièces d’identité, génère un chiffre d’affaires annuel estimé à 1,5 milliard de francs. Depuis 2001, la multinationale familiale, qui ne publie jamais aucun chiffre sur sa santé financière, s’est diversifiée dans des solutions de traçabilité – en combinant technologie digitale et matérielle – pour éviter la contrefaçon et le trafic d’articles de luxe, d’alcool ou de tabac.

Sicpa, qui a procédé à une vingtaine de licenciements en 2013 et plus d’une centaine l’an passé dit avoir doublé ses effectifs cette dernière décennie. Les engagements auraient même, officiellement du moins, repris ces derniers mois, suite à la restructuration de l’entreprise (fusion des deux unités traçabilité). Signe encourageant: le périmètre voisin au siège lausannois de Sicpa, ex-propriété de Bobst, vient d’être nettoyé. Acquis voilà trois ou quatre ans, il pourrait accueillir un nouveau bâtiment du groupe, qui déclare commencer à se sentir à l’étroit dans ses locaux actuels.

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