Technologie

Sicpa ne veut pas rater le tournant numérique

Le spécialiste vaudois des encres, de l’authentification et de la traçabilité veut accompagner les gouvernements dans la dématérialisation de leurs services

A l’origine, il y a près d’un siècle, la société Sicpa fournissait de la graisse à traire aux secteurs agricole et alimentaire. Le groupe vaudois a entamé une première mue en 1938, en se lançant dans les encres d’impression. Septante ans plus tard, la discrète entreprise de Prilly (VD) a décidé de faire connaître son nouveau département.

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Appelé «Integrity Solutions eGovernment, eServices, eRegulation, eCompliance & Secure Value Chain», celui-ci devrait permettre au spécialiste des encres, de l’authentification et de la traçabilité de rester une référence dans l’accompagnement des gouvernements, mais cette fois dans leur transformation numérique.

Même si Sicpa parle de continuité, il s’agit d’un choix décisif pour cette entreprise active notamment dans la sécurisation physique, à l’exemple des billets de banque. «Cette évolution est naturelle. Les gouvernements vont de plus en plus se diriger vers une dématérialisation de leurs services», rappelle Marco Aloe, directeur fraîchement nommé à la tête de ce nouveau département. Cet ingénieur en microtechnique qui a fait sa carrière chez ESI, Calcom et Silicon Graphics ajoute: «Notre savoir-faire repose sur la capacité à combiner les éléments de sécurité matérielle avec les technologies numériques.»

Société conjointe avec Guardtime

Bénéficiant d’un capital confiance auprès de nombreux gouvernements sur les cinq continents, le groupe cherche, depuis quelques années, des solutions technologiques aussi bien à l’interne qu’à l’externe. Sur les 2700 collaborateurs que compte le groupe, jusqu’à 160 personnes travaillent pour ce nouveau département qui s'ajoute aux cinq déjà existants.

Dans cette nouvelle activité, Sicpa a signé en automne 2017 une joint-venture avec l’entreprise estonienne Guardtime. Fondée en 2007, cette société développe une solution blockchain qui sécurise 1800 services et 700 registres publics en Estonie, le pays le plus numérisé du monde. La Darpa, l’Agence américaine pour les projets de recherche avancée, utilise cette technologie qui est également certifiée en Chine.

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Si la numérisation des procédures administratives a pour but de simplifier la vie des usagers, il existe un revers de la médaille: les risques intrinsèques au monde numérique, comme le vol de données, la falsification, le vol d’identité, etc. «La plateforme développée conjointement avec Guardtime permet à toute transaction, document et donnée d’être sauvegardés de manière immuable et en toute sécurité, via la blockchain-KSI. Celle-ci est robuste, universelle avec une connexion utilisateur déjà résiliente aux futurs ordinateurs quantiques. Elle garantit une certification infalsifiable de tout type de document», affirme Marco Aloe.

«Cette solution tourne depuis dix ans et n’a jamais été hackée», ajoute-t-il, confiant. Les applications sont diverses et variées. Elles vont de la sécurisation de tout registre, tel que le Registre du commerce, la législation de diplômes ou le registre foncier, en passant par la sécurisation des chaînes de valeur, par exemple logistique. «Cette plateforme, en phase pilote, pourra être déployée à plus large échelle en fonction des exigences des gouvernements ou des entreprises.»

Certaines sociétés privées s’y intéressent aussi, à l’exemple de SwissTruth, une start-up fondée en 2018 grâce au financement de Bondpartners. Elle a lancé l’application mySwissCorp afin d’offrir aux sociétés anonymes suisses une plateforme numérique hyper-sécurisée pour la tenue du registre d’actionnaires, la gestion des transactions ou la maîtrise de la gouvernance (gestion des droits et responsabilités, des données publiques et documents officiels, de l’assemblée générale et des dividendes).

Recherche de start-up

Depuis 2014, Sicpa s’intéresse aussi à plusieurs start-up, en Suisse notamment. La multinationale prend des participations minoritaires dans ces jeunes sociétés à la pointe dans les domaines de l’identification, de l’authentification, de la traçabilité et de l’intégrité.

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Sicpa entame-t-elle une véritable mue? Qu’en est-il des encres et de l’authentification? Ces domaines continuent de représenter une part majeure des activités du groupe. Comme le disait Sauro Nicli, responsable des systèmes d’information et de l’innovation du groupe vaudois, lors d’une interview accordée au Temps, le 26 juin 2017: «Cette activité est en croissance. Le paiement en liquidité continuera de jouer un rôle essentiel. C’est loin d’être fini.»

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