Le 12 octobre dernier, Siemens a soufflé ses 160 bougies, un anniversaire mi-figue, mi-raisin. Côté lustre, le puissant groupe allemand réalise des résultats en constante progression, porté notamment par les pays émergents. De l'autre côté, nettement moins reluisant, le géant est miné depuis un an par la découverte d'un grave système de corruption à grande échelle.

A priori, ce scandale ne prétérite pas la marche de ses affaires. En tout cas Siemens Suisse ne s'en est pas ressenti durant l'exercice 2006-2007, clos à fin septembre. «La société régionale Siemens Suisse a augmenté son bénéfice opérationnel d'un tiers environ. Il s'est établi à 151,3 millions de francs, soit quelque 34% de plus que l'année précédente», a indiqué mercredi à Lausanne lors d'une conférence de presse Raphaël Odoni, directeur pour la Suisse romande.

Le chiffre d'affaires a progressé de 3% à 1,709 milliard de francs. Les entrées de commandes ont par contre reculé, passant de 1,977 milliard à 1,49 milliard. Une chute de près de 25% qui s'explique notamment par des contrats exceptionnels mais uniques enregistrés en 2006, comme les 335 millions de francs pour le RER zurichois. Le transfert d'autres activités explique le solde.

Les entrées de commandes de l'ensemble de la société Siemens Suisse SA, qui comprend SBT (Siemens Building Technologies) sont parvenues à 2,425 milliards de francs (contre 2,822 milliards l'année précédente) et le chiffre d'affaires s'élève à 2,710 milliards de francs (contre 2,361 milliards). Une baisse qui s'est également traduite dans les effectifs. Toutes filiales et sociétés affiliées comprises, Siemens emploie 7184 personnes en Suisse. Soit 90 de moins que sur la période 2005-2006. En Suisse romande, Siemens compte 450 collaborateurs.

Nouvelle amende

Les clients ont-ils pris peur face à cette affaire de corruption, unique par son ampleur et qui a déjà coûté plus de 1,6 milliard d'euros? «Pas du tout. Les clients continuent de nous faire confiance. Mais il est vrai que cela a quelque peu ébranlé le personnel», selon Raphaël Odoni.

Le ménage a été fait. Le légendaire président Heinrich von Pierer et son successeur Klaus Kleinfeld sont partis. Un pataquès qui a même conduit à la nomination de Peter Löscher comme directeur général. Une personne extérieure au groupe, ni même allemande. Une première en 160 ans d'existence.

Les répercussions risquent toutefois encore d'être nombreuses. Ainsi, la Norvège a infligé pas plus tard que mardi une amende de 9 millions de couronnes (1,12 million d'euros) à Siemens Business Services (SBS), pour fraude. Il n'est de plus pas exclu que le groupe se restructure, selon les analystes. Une stratégie qui pourrait se traduire par de nouvelles cessions. Les télécoms, peu compétitives, ont été cédées à Nokia par le biais d'une société commune, comme cela avait été le cas pour l'informatique, alors que l'équipement auto, rentable certes mais pas stratégique, a été vendu à Continental. Raphaël Odoni conteste. Selon lui, «le groupe ne va pas opérer un virage à 90°», car toutes les divisions apportent leur pierre à l'édifice, «même si des petits ajustements ne peuvent être exclus».