Formation

A Sierre, un bachelor sans cours ni maître

La HES-SO de Sierre inaugure le 18 septembre un programme sans enseignement magistral, tourné vers l’autonomie des étudiants. La pédagogie inédite de cet apprentissage interroge sur l’avenir de la formation universitaire actuelle

Finis les cours théoriques interminables et les professeurs assommants. La Haute Ecole spécialisée de Sierre (HES-SO) intégrera à la rentrée prochaine un nouveau programme d’étude au sein de sa filière en économie d’entreprise. La formation, baptisée «Team Academy», sera dispensée à la Haute Ecole de gestion (HEG) du Valais, et se détachera complètement des méthodes d’enseignement classiques. Une première en Suisse.

Les dix-sept étudiants sélectionnés pour la première promotion commenceront leur formation de trois ans le 18 septembre. Ils ne suivront aucun cours magistral et ne passeront pas d’examens. Ils devront former une équipe et construire un portefeuille de projets, impliquant des clients et une stratégie économique réelle. «Le modèle pédagogique met en avant la responsabilisation des étudiants et l’aspect collaboratif, affirme Antoine Perruchoud, responsable du programme à la HES-SO. Ils ont l’autonomie de s’auto-organiser, de gérer leur emploi du temps dans une logique «projet» et en fonction d’objectifs à atteindre.»

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Apprentissage par l’action

Les professeurs cèdent leur place aux coaches – serial entrepreneurs, spécialistes en management ou universitaires – en charge de «développer et libérer le potentiel de chacun». Les étudiants doivent tisser des liens avec l’écosystème qui les entoure: experts, entreprises locales, chercheurs… Ils rédigent également des papiers de réflexions sur leurs lectures et tiennent informés leurs camarades.

Pour Antoine Perruchoud, l’accès prodigieux de la connaissance à portée de clavier et l’avènement de formations inédites comme l’Ecole 42 à Paris – où les étudiants doivent résoudre des projets informatiques en équipe, et alternent à la fois les statuts d’apprenant et de formateur – vont révolutionner le système d’éducation actuel, encore centré sur le diplôme et la reconnaissance sociale. «Notre modèle éducatif actuel fonctionne sur la base: une branche – un cours – un examen. Plutôt que de récompenser la performance d’un étudiant sur une épreuve, la Team Academy développe l’apprentissage par l’action et forme des managers avec de fortes compétences entrepreneuriales.»

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«Soft skills» vs «hard skills»

Originaire de Finlande, le modèle pédagogique Tiimiakatemia («académie d’équipe» en finnois) a déjà séduit des dizaines d’universités en Europe. L’Ecole de management (EM) de Strasbourg a lancé en 2011 le bachelor «jeune entrepreneur», inspiré par Tiimiakatemia. Non sans difficultés. «Il est difficile de passer d’une pédagogie classique à un modèle où l’apprenant est en autonomie, affirme Olga Bourachnikova, docteure en sciences de gestion et coach du bachelor «jeune entrepreneur» alsacien. Le cadre éducatif change deux fois par an, l’équipe de coaches et les étudiants doivent constamment se remettre en question pour ajuster et améliorer le programme.»

Bien que la formation professionnelle duale des HES soit plébiscitée par les entreprises suisses, ces dernières sont encore attachées au système de formation classique au moment de recruter un candidat, et mettent en avant les hard skills (compétences techniques). Les mentalités changent lentement. «En Suisse, le principal problème est la sclérose des programmes de formation, relève Tibère Adler, directeur romand du think tank (laboratoire d’idées) Avenir Suisse. Le niveau de qualité est élevé mais le changement des contenus est complètement bloqué.»

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Les besoins futurs du marché du travail devraient faire évoluer les recrutements. «Une fois que les candidats disposent du bagage technique indispensable, le bassin de recrutement est très large et certains employeurs privilégieront les étudiants avec ce type de formation», précise Tibère Adler. «Les entreprises se plaignent souvent du manque de compétences relationnelles des étudiants avec cinq années d’études supérieures, conclut Olga Bourachnikova. Les étudiants seront de moins en moins embauchés sur leurs diplômes, mais plutôt sur leur savoir-faire.»

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