«Faire cavalier seul et se replier sur soi serait une erreur.» Interrogé par le Temps, René Longet, ­vice-président des Services industriels de Genève (SIG), répond, à titre personnel, à ceux qui, à Genève, préconisent à mots couverts le désengagement de la société ­genevoise du groupe suisse Alpiq, dont elle détient indirectement 9% du capital.

Un premier signal de défiance des SIG s’est produit en avril dernier lorsque l’opérateur a décidé de ne pas participer, contrairement aux autres sociétés électriques romandes, à la recapita­lisation d’Alpiq. Les SIG ont renoncé à débourser quelque 70 millions de francs pour venir en aide à Alpiq, fournisseur grossiste de courant, en proie à des difficultés financières dues à un fort endettement et à une expansion mal contrôlée à l’étranger.

Le groupe soleurois, résultat de la fusion entre EOS et Atel, a dû augmenter la part de la souscription publique pour parvenir à ­récolter le milliard de francs dont il avait besoin. Les actionnaires suisses, dont Romande Energie, Groupe E, et les Services industriels de Lausanne, ont finalement souscrit 366,5 millions de francs, au lieu des 500 millions espérés par les dirigeants d’Alpiq.

L’attitude des SIG a surpris. Elle a été comprise par certains, dans un canton dont la Constitution décrète le renoncement à l’énergie nucléaire, comme une réaction à une évolution trop lente d’Alpiq vers les nouvelles énergies renouvelables; 29% de la production du groupe est en effet d’origine nucléaire.

D’un point de vue purement commercial, les SIG, qui ne produisent que le quart de la consommation locale, pourraient quitter leur fournisseur principal Alpiq et s’approvisionner à meilleur compte sur un marché européen marqué par un effondrement des prix de l’électricité.

«Ce ne serait pas conforme à une politique d’entreprise responsable», rétorque René Longet, par ailleurs représentant des SIG, depuis trois mois, au sein du conseil d’administration d’Alpiq. «Le prix n’est pas le seul facteur à prendre en compte. Il est important d’agir en partenariat avec le producteur Alpiq.» Le socialiste genevois se dit «optimiste sur les possibilités de convergence» entre les SIG, l’une des sociétés électriques les plus «vertes» de Suisse, et Alpiq. Il défend cependant l’idée d’un prix plus juste de l’énergie qui inclurait les coûts indirects (risques, pollution), ce qui rendrait l’énergie nucléaire et les énergies fossiles plus coûteuses et rapprocherait leur prix de production de ceux de l’hydraulique, de l’éolien et du solaire.

Participation croisée

Alpiq a annoncé mardi la poursuite de sa politique de désendettement, notamment par la vente de participations. Le groupe soleurois a ainsi finalisé la cession de son paquet d’actions de Romande Energie Holding (REH). Depuis janvier dernier, 119 994 titres ont été rachetés par REH et revendus en grande partie à des partenaires, dont la majorité est restée confidentielle. L’un d’eux a été révélé mardi. Il s’agit d’Holdigaz, qui prend une participation croisée de 2,5% dans REH. Des synergies sont envisagées via des projets communs à définir, par exemple la production conjointe d’électricité et de chaleur à base de gaz, ou le chauffage à distance.