A l’aune de l’«intifada des couteaux» déclenchée il y a près de neuf mois, le ministère israélien de la Sécurité intérieure et la Police se prépare au pire. Faute de perspectives politiques au conflit israélo-palestinien, elle anticipe en tout cas la possibilité d’un soulèvement plus important à moyen terme.

C’est dans ce cadre et pour parer à toute éventualité que la police de l’Etat hébreu a entrepris de renouveler son matériel. Parmi les soumissionnaires figuraient l’Industrie militaire israélienne (IMI) produisant le Jericho 941, l’autrichien Glock représenté à Tel-Aviv par MRD Efraïm company, et le germano-suisse SIG Sauer dont le nouvel agent dans l’Etat hébreu est la société Mivtach Hair.

En novembre 2015, une série d’appels d’offres également ouverts aux soumissionnaires étrangers – ce qui n’est pas toujours le cas en matière de sécurité nationale – ont donc été lancés. Ceux-ci portent sur l’achat de sept mille casques et de cinq mille gilets pare-balles de différents types dont certains conçus pour les unités spéciales, mais également de quinze mille pistolets 9 mm, de dizaines de milliers de balles, de fusils de type «commando», ainsi qu’une série d’accessoires de contrôle de tir.

Glock remporte le contrat, SIG Sauer contre-attaque

A peine les appels d’offres étaient-ils publiés que plusieurs soumissionnaires sont entrés en concurrence pour remporter la commande des pistolets 9 mm censés remplacer les vieux Jericho 941 actuellement utilisés par les forces de l’ordre de l’Etat hébreu. Montant estimé de cette affaire: environ 23 millions de shekels (environ 5,7 millions de francs).

Au terme d’une série de tests effectués depuis le début de 2016, Glock a remporté le morceau. «Haut la main», nous confirme une source. Certes, les résultats des épreuves sont confidentiels mais plusieurs personnes proches du dossier confirment que les unités policières spécialisées dans la lutte antiterroriste chargées d’évaluer les armes concurrentes en conditions réelles sur le terrain se sont prononcées en faveur du pistolet autrichien.

Une affaire réglée? Pas sûr puisque SIG Sauer estime avoir été lésée dans cette affaire. A l’en croire, l’appel d’offres stipulait que l’un des critères influençant le choix du futur fournisseur de la police israélienne serait sa «contribution SIGnificative» au développement de l’industrie locale. Or, le fabricant germano-suisse affirme que s’il avait été choisi, la plupart des pièces des trois modèles (court, moyen, long) qu’il proposait de livrer auraient été manufacturées en Israël même et assemblées sur place. Il aurait donc été beaucoup plus loin en la matière que Glock.

SIG Sauer vient donc de faire appel de la décision de la police, ce qui suspend provisoirement le déroulement du marché. D’autant qu’une procédure en justice est en cours.

Sujet délicat pour l’Etat hébreu

Pour l’heure, il est évidemment impossible d’obtenir un avis autorisé dans les sociétés concernées. les interlocuteurs éventuels sont aux abonnés absents. Même discrétion au ministère israélien de la Sécurité intérieure chapeautant la police. Quant à cette dernière, son service des achats se contente d’un communiqué passe-partout affirmant que «la question est à l’examen» et que l’état-major «ne réagira pas tant que le dossier fait l’objet d’une procédure».

Comme souvent lorsqu’il s’agit de marchés tournant autour de la défense et de la sécurité nationale, la presse israélienne se fait également discrète. Seul un site d’informations en ligne a évoqué la bataille en cours pour le renouvellement des armes de la police. Les autres ont préféré ignorer le sujet.