Malgré le refus de l'ouverture du marché de l'électricité en votation populaire le 22 septembre 2002, les alliances économiques se font et se défont en Suisse en prévision de cette libéralisation que les observateurs jugent inéluctable, dans trois à cinq ans. Le 1er juillet 2007, l'Union européenne connaîtra en effet une ouverture totale de son marché de l'électricité. Cela influencera d'une manière ou d'une autre la situation en Suisse, qui possède un fort potentiel d'énergie hydraulique haut de gamme.

Dans un contexte où la montée en puissance du groupe intercantonal alémanique Axpo donne des frissons à quelques entreprises romandes, dont la holding Energie Ouest Suisse (EOS) fortement endettée, propriété de six sociétés romandes de distribution d'électricité, les Services industriels genevois (SIG) ont officiellement annoncé lundi à Zurich un choix stratégique étonnant, et a priori peu solidaire. Les SIG s'allient en effet au réseau alémanique des villes Swisspower, présidé par Zurich, pour obtenir un accès facilité au marché des gros clients, tout en restant actionnaire d'EOS à hauteur de 23%.

«Nos liens avec EOS dans le domaine de l'approvisionnement ne sont en rien modifiés», rassure Raymond Battistella, directeur général des SIG. Du côté d'EOS, la nouvelle est également accueillie avec un calme olympien. «Ce nouvel engagement des SIG, qui se limite à quelque 100 000 francs, ne porte pas préjudice à EOS, où les SIG sont engagés pour des dizaines de millions de francs», explique Christian Currat, secrétaire général de la holding.

Course aux contrats

Pourtant, dans le nouveau contexte de libéralisation, la bataille pour décrocher les contrats les plus intéressants a déjà commencé. «Les centres de décision des principaux clients multisites se trouvent en Suisse alémanique. Nous devions réagir après avoir perdu un gros client», confie Daniel Mouchet, nouveau président du conseil d'administration des SIG, pour expliquer le vif intérêt de l'entreprise genevoise pour Swisspower.

Les clients dits multisites, par exemple, UBS, Coop, Migros, les CFF, la Poste, recherchent généralement un partenaire unique pour leurs contrats de fourniture d'électricité à prix cassés. C'est évidemment impossible dans le domaine de l'approvisionnement, en raison de la présence «historique» de centaines de distributeurs sur le territoire suisse, mais c'est désormais une option au plan commercial. Swisspower, sorte de démarcheur commercial au service d'une vingtaine de services d'électricité urbains, occupe désormais une part de marché majoritaire dans le secteur multisite, alors qu'EOS, via sa filiale commerciale Avenis créée en l'an 2000, reste un acteur très effacé.