En signant avec la Suisse, «Pékin fait un test»

Le Temps: Comment seront utilisées les économies réalisées aux douanes?

Daniel Küng: Une partie sera utilisée pour adapter les prix de vente et devenir plus compétitif, par rapport à la concurrence européenne ou américaine. Mais je suis convaincu qu’une autre part, non négligeable, servira à investir dans la recherche et l’innovation. C’est cela dont les Suisses ont besoin pour réussir en Chine: de l’innovation, régulière, récurrente, mais aussi utile, de celle qui améliore vraiment le quotidien des utilisateurs d’un produit ou d’une machine.

Certains patrons estiment que ces avantages tarifaires ne suffiront pas à améliorer leur compétitivité sur les prix.

– C’est sans doute vrai pour ceux qui sont positionnés dans le haut de gamme, où la qualité compte davantage. Mais dans le moyen de gamme, les prix sont essentiels pour régater avec la concurrence. Par ailleurs, dans les marchés de masse, une société suisse, si elle ne produit qu’en Suisse, ne pourra jamais être compétitive, indépendamment du niveau de taxes à l’importation.

– Qu’est-ce que la Chine a à gagner dans cet accord?

– Elle s’intéresse beaucoup à notre capacité d’innovation et à notre formation. Mais en signant avec la Suisse, Pékin fait surtout un test avec l’un des pays qui compte le plus d’accords de libre-échange, et qui a donc une très bonne expérience dans ce domaine.

Cela lui servira peut-être, un jour, à mieux négocier avec l’Union européenne.

– C’est-à-dire que les Suisses doivent se hâter?

– Il faut d’abord s’assurer que c’est le bon marché pour son produit. Il est utile de rappeler qu’il ne l’est pas pour toutes les entreprises suisses. Mais, le cas échéant, c’est effectivement le moment idéal pour s’y faire une place et pour tisser des liens, voire même créer des alliances et conquérir d’autres marchés émergents, asiatiques, africains ou sud-américains. Une relation de confiance est certes plus longue à établir en Chine qu’ailleurs. Mais une fois qu’elle existe, elle est faite de loyauté et de fidélité. A l’inverse des Etats-Unis, par exemple, où les partenariats sont en général plus volatils.