Manque de temps, de moyens ou de curiosité? Quelle qu'en soit la raison, la Commission fédérale des banques n'évoque pas dans sa décision concernant le Credit Suisse (CS) l'existence de deux personnages proches de cet établissement: l'avocat W. et le banquier M., dont le rôle fait apparaître plus graves encore les erreurs commises par le Credit Suisse dans l'ouverture d'un compte pour les fils du dictateur nigérian Sani Abacha, décédé en 1998.

Lorsque deux des fils du sanguinaire général se présentent au siège du CS à Zurich, le 12 septembre 1995, l'avocat W. les accompagne. Il est connu comme un apporteur d'affaires proche de la banque. Sa présence n'est pas mentionnée par le rapport. Celui-ci se contente de reprendre les explications du Credit Suisse selon lesquelles la recommandation d'un autre client, le milliardaire libano-nigérian Gilbert Chagoury, aurait rassuré ses employés. Or, Chagoury n'était pas présent le 12 septembre 1995. Sa recommandation a peut-être eu moins de poids que la présence de l'avocat W. Celui-ci s'est ensuite rendu au Liechtenstein avec ses deux clients pour créer des fondations qui ont peut-être accueilli une partie des 100 millions de francs actuellement bloqués dans la Principauté.

La banque, qui dit avoir ignoré l'identité réelle des fils Abacha jusqu'en 1999, disposait pourtant d'un spécialiste sur place: le banquier M., employé du Credit Suisse jusqu'en 1996, et qui est resté consultant pour la division bancaire du groupe. Véritable «Monsieur Nigeria» du CS, M. connaissait personnellement les fils Abacha, et leur véritable identité. Mais la banque n'a pensé faire appel à ses services que beaucoup trop tard, en 1999. A-t-elle pêché par simple négligence ou par appât du gain? La justice genevoise tranchera.