Les entreprises de la Silicon Valley sont généralement très fières de leurs bureaux, offrant tous les conforts à leurs employés. Des locaux qu’elles adorent faire visiter et qu’elles utilisent parfois comme un argument pour attirer les meilleurs ingénieurs. Pourtant, quelques start-up ont choisi une nouvelle voie. Au cours des prochaines semaines. Automattic va ainsi fermer son siège social, situé à San Francisco, au profit du télétravail.

«Nous avons un bon loyer mais personne ne vient», racontait en début d’année Matt Mullenweg, le fondateur et patron de la société, connue pour sa plateforme de publication Wordpress. Certains jours, les employés présents sur place peuvent se compter sur les doigts d’une seule main. «Cela fait 300 mètres carrés chacun. Il y a autant de tables de ping-pong que de personnes», ajoutait-il.

Cela fait 300 mètres carrés chacun. Il y a autant de tables de ping-pong que de personnes

En fermant ses bureaux, Automattic pousse sa logique à l’extrême. Depuis des années, la jeune entreprise encourage en effet le télétravail. Sur plus de 550 salariés, seulement une trentaine d’employés résident ainsi dans la région de San Francisco. Les autres sont répartis dans plus de 50 pays et sur une dizaine de fuseaux horaires différents.

La start-up ne lésine pas sur les moyens. Ses employés reçoivent à un ordinateur et autres équipements informatiques. Elle leur offre aussi jusqu’à 2500 dollars pour leur permettre de décorer leur bureau à domicile. S’ils optent pour un espace de coworking, elle leur alloue un budget de 250 dollars par mois. Pour ceux qui préfèrent travailler dans un café, elle paie leurs boissons. La société finance aussi des réunions d’équipes, payant le billet d’avion et l’hébergement.

Tendance de fond

La stratégie d’Automattic symbolise une tendance de fond aux Etats-Unis. Selon une enquête de l’institut Gallup, le télétravail concerne désormais 43% des Américains, dont 20% qui ne se rendent jamais au bureau, contre 15% en 2012. Dans la Silicon Valley, le phénomène est encore plus grand. De nombreuses entreprises, comme Mozilla, Twilio et GitHub, permettent à leurs salariés de travailler de chez eux à temps plein.

Cela permet de recruter «des talents peu importe où ils se trouvent», explique-t-on chez Automattic. Objectif: contourner la forte concurrence pour les ingénieurs informatiques dans la Silicon Valley, qui provoque une surenchère salariale (le salaire médian des ingénieurs informatiques s’élevait l’an passé à 123 000 dollars) et un important turnover.

La communication et la collaboration sont importantes donc nous avons besoin de travailler côte à côte

Cette tendance a été facilitée par le développement de nouveaux moyens de communication. Chez Automattic, par exemple, les salariés discutent sur des forums internes ou sur Slack, une plateforme spécialisée pour les entreprises. Les réunions se font en visioconférence. Et les entretiens d’embauche se déroulent par chat.

Pour le moment, les sociétés ne possédant plus aucun bureau restent l’exception. Cette solution permet d’économiser les «loyers astronomiques de San Francisco», explique Robby McCullough, cofondateur de la start-up Beaver Builder. Mais elle est aussi complexe.» Nous avons dû réapprendre à communiquer», indique cet entrepreneur.

A l’opposé, le télétravail compte aussi de ses réfractaires. En 2013, Yahoo! a officiellement mis un terme à cette pratique. «La communication et la collaboration sont importantes donc nous avons besoin de travailler côte à côte», expliquait alors la directrice des ressources humaines. Cette année, IBM a suivi la même voie, après avoir permis à ses employés de travailler de chez eux pendant quarante ans!