Carrières

La Silicon Valley: en management, nous lui devons tout

CHRONIQUE. De la communication informelle à la réduction des niveaux hiérarchiques en passant par les services sur le lieu de travail, en management, la Silicon Valley a tout inventé

«Le Temps» propose une opération spéciale en racontant, depuis San Francisco, les innovations à venir dans les domaines scientifiques, technologiques ou culturels. Nos seize journalistes, vidéastes, photographes et dessinateur parcourent la ville, la Silicon Valley et la Californie pour découvrir les nouvelles tendances au cœur de ce laboratoire mondial de l’innovation.

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Les médias mettent aujourd’hui l’accent sur ses excès: la culture «Bro» des hommes blancs, diplômés des universités de Stanford et de Berkeley, obsédés par l’argent, qui se recrutent entre eux, les loyers et prix au mètre carré qui explosent et rendent difficile le recrutement de talents, les bouchons routiers sans fin, les inégalités qui se creusent… et suggèrent qu’elle n’est plus ce qu’elle était!

C’est négliger que, depuis près de 80 ans (en 1939, Bill Hewlett et Dave Packard y créaient leur premier oscilloscope dans un garage!), elle est la Mecque des innovations non seulement technologiques mais aussi managériales qui ont envahi la planète et notre quotidien.

Tout ce que nous adorons dans le monde du travail est estampillé Silicon Valley (SV):

Créer sa start-up, encouragé par ses professeurs ou son employeur, c’est SV. Etre intéressé directement aux profits de la compagnie, c’est SV. Organiser une journée de réflexion à l’extérieur de l’entreprise pour stimuler la créativité (off-site), c’est SV. Etre un expert ou un dirigeant reconnu et s’habiller en jean-t-shirt-sneakers, c’est SV. Echanger sur un projet avec le big boss qui passe nous voir à notre bureau en espace ouvert (management by wandering around), c’est SV. Pratiquer son sport favori sur le lieu de travail, c’est SV. Partir un an faire un MBA à l’étranger et être promu à son retour, c’est SV. Travailler depuis sa maison, sa voiture, son bar préféré grâce à la messagerie électronique, les vidéoconférences, les outils de collaboration en ligne, c’est SV. Faire partie d’une équipe multiculturelle basée aux quatre coins du monde, c’est SV. Participer à un pique-nique d’entreprise avec toute sa famille et se faire servir un hamburger par le directeur général, c’est SV. Travailler dur, jour et nuit, puis se ressourcer en grimpant un sommet, c’est SV (work hard, play hard!)… la liste est longue.

En 1968, Bill Hewlett et Dave Packard ne se contentent pas d’inventer le tout premier ordinateur personnel (Hewlett-Packard 9100A), ils formalisent en parallèle le «HP Way»: leur conception unique du management agile, centré sur les employés, qui se répandra dans toute la «Valley», inspirera Steve Jobs trente ans plus tard, puis Google, Facebook, Netflix, Airbnb, Tesla, Uber…

Quels en sont les ingrédients?

Anticiper les besoins du public et lui apporter des solutions. Etre à son écoute. Challenger le statu quo. Sortir des sentiers battus. Prendre des risques. Avoir le droit à l’erreur. Croire dans les collaborateurs, les faire grandir. Manager en fixant des objectifs. Valoriser la curiosité et le partage d’information. Stimuler l’entrepreneuriat. Inciter les employés à oser, innover, inventer de manière constante. Développer une culture de l’expérimentation rapide. Etre optimiste, flexible, en avance sur son temps. Favoriser la proximité entre les dirigeants et les employés. Se préoccuper de leur santé, bien-être et développement personnel. Reconnaître le travail en équipe. Nourrir les échanges avec les universités. Réinventer son business et se réinventer soi-même. Contribuer au bien commun…

C’est parce que la Silicon Valley est toujours animée par ces principes managériaux, condition sine qua non de l’innovation et du succès, qu’elle attire encore ceux qui souhaitent bénéficier de son énergie contagieuse.

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