Ex-conseiller à l’innovation de Barack Obama, Vikrum Aiyer a trouvé sa reconversion. Fin mars, il a rejoint Postmates, une start-up basée à San Francisco et spécialisée dans la livraison à domicile, en tant que directeur de la communication institutionnelle. Son parcours n’est pas un cas un isolé. Depuis trois ans, de nombreux anciens de la Maison-Blanche ont été recrutés par des entreprises de la Silicon Valley.

Cette tendance marque une rupture par rapport aux précédentes administrations, qui ouvraient traditionnellement des portes vers les puissants lobbies de Washington, les institutions financières de Wall Street ou les industries des télécoms, de l’énergie et de la pharma. Symbole d’un changement d’époque et du basculement de l’économie américaine, la tech est devenue la nouvelle destination à la mode.

Atouts de taille

Le secteur, qui s’approprie les cinq premières capitalisations boursières américaines, dispose en effet d’atouts de taille: des salaires parmi les plus élevés du pays, auxquels s’ajoute la distribution d’actions gratuites, et un cadre de vie attractif, promettant un meilleur équilibre entre le travail et la famille. Pour les mêmes raisons, il attire de plus en plus les étudiants des plus prestigieuses universités américaines.

Mais pour la génération Obama, la Silicon Valley offre bien plus: l’opportunité de poursuivre ses idéaux, en étant au cœur de l’innovation. «Nous voulions améliorer la vie des gens et les nouvelles technologies sont un autre moyen d’y parvenir», résume Nick Papas, qui a notamment supervisé la communication autour de la réforme de la santé de Barack Obama et qui est désormais en charge des affaires publiques chez Airbnb.

L’activité de ces entreprises peut grandement dépendre de certaines réglementations qui sont discutées à Washington.

Le mouvement a été lancé en 2014 par David Plouffe, directeur de campagne puis conseiller de l’ex-président des Etats-Unis, recruté par Uber pour coordonner ses efforts de lobbying. D’autres personnalités ont suivi. En 2015, Jay Carney, porte-parole de la Maison-Blanche, a pris la direction des relations publiques d’Amazon. Puis Dan Pfeiffer, chargé de la communication des équipes Obama, a rejoint GoFundMe. Et l’été dernier, Eric Holder, ex-ministre de la Justice, a été recruté par Airbnb.

«L’activité de ces entreprises peut grandement dépendre de certaines réglementations qui sont discutées à Washington», souligne Daniel Stevens, directeur de l’organisation Campaign for Accountability. Au cours des deux mandats de Barack Obama, les dépenses de lobbying des sociétés internet ont ainsi été multipliées par cinq. Mais cela ne suffit pas: il est aussi important de travailler directement avec l’administration pour participer à l’écriture des lois.

Connaître le fonctionnement du gouvernement

Pour cela, «il est très utile d’avoir des employés qui comprennent comment le gouvernement fonctionne et qui peuvent anticiper ses inquiétudes», note Nick Papas, d’Airbnb. En conflit avec de nombreuses autorités, la plateforme de locations de courte durée fait partie des sociétés les plus actives dans le domaine. Mais comme souvent dans la Silicon Valley, c’est Alphabet, la maison mère de Google, qui a poussé la logique le plus loin: près de 200 recrutements d’anciens de l’administration Obama. «Un niveau jamais vu», assure Daniel Stevens.

Dans la Silicon Valley, beaucoup rêvent désormais que l’ancien locataire de la Maison-Blanche suive la même voie que ses ex-collaborateurs. L’été dernier, il avait fait allusion à un possible avenir dans la tech. Peut-être dans le capital-risque, avait-il sous-entendu lors d’un entretien accordé à Bloomberg.