La Silicon Valley réclame plus de visaspour des programmeurs étrangers

Technologie Plus de 233 000 demandes ont été déposées pour 85 000 sésames attribués en 2015

Les syndicats et nombre d’élussont farouchement opposés à une hausse du quota

En une semaine, tout était terminé. La ruée annuelle aux visas d’immigration H1B aux Etats-Unis, réservés aux travailleurs hautement qualifiés, a pris fin le 7 avril. Selon les chiffres diffusés par le service de l’immigration, le mercredi 15 avril, le record de 2014 a été dépassé: 233 000 requêtes ont été déposées entre le 1er et le 7 avril pour 85 000 visas (contre 172 500 demandes l’an dernier et 124 000 en 2013).

Pour la troisième année, les candidats, qui ont payé de 7000 à 10 000 dollars les frais d’avocat et de dossier, seront départagés par tirage au sort. Même si parmi les visas H1B, dont le seuil est fixé par le Congrès, 20 000 sont réservés aux titulaires de masters de sciences et technologie. La Silicon Valley, en déficit chronique de programmeurs qualifiés, proteste depuis des années contre un système qui non seulement limite ses possibilités d’embauche, mais encore laisse à une loterie le soin de choisir les candidats, indépendamment de leur talent. Pierre-Jean Cobut, 32 ans, fait partie de ces entrepreneurs dont le sort est suspendu à la loterie. De nationalité belge, il est arrivé en Californie en septembre 2012 pour suivre un MBA à Stanford. Son visa d’étudiant va expirer fin juin. Entre-temps, il a fondé une start-up dans le domaine de la santé avec un camarade d’études israélien à Palo Alto. Sa compagnie, Echo Labs, a levé 1,5 million de dollars en capital-risque en février et elle est en train d’embaucher. «Ce qui est dommage dans ce système, c’est que personne ne prend en compte le potentiel économique de ce que vous faites», regrette-t-il.

L’entrepreneur a plaidé mercredi sa cause au Congrès, à l’initiative de l’association Partner­ship for a New American Economy, fondée par Michael Bloomberg, l’ancien maire de New York, Steve Ballmer, l’ancien directeur général de Microsoft, le magnat de la presse Robert Murdoch, Bob Iger, le président de Disney, ou encore Jim McNerney, de Boeing. Dans les deux camps, démocrate comme républicain, certains élus sont farouchement opposés à l’augmentation du quota de visas H1B que prévoyait la réforme de l’immigration proposée en 2013 par Barack Obama et qui est restée bloquée au Congrès.

Pour les syndicats, le visa permet aux entreprises du high-tech de sous-traiter le recrutement de travailleurs étrangers à des salaires qui tirent ceux des Américains vers le bas. Alors que la campagne électorale s’engage, notamment celle des primaires côté républicain, les chances d’une nouvelle législation sont des plus minces. Le sénateur républicain de l’Iowa, Chuck Grassley, qui estime que le programme H1B aboutit au «remplacement inacceptable de travailleurs américains», a demandé au Département de la justice d’ouvrir une enquête.

Son homologue de l’Alabama, Jeff Sessions, qui a pris la présidence de la sous-commission sénatoriale sur l’immigration, qualifie de «farce de la Silicon Valley» la pénurie de diplômés de sciences, d’ingénierie et de mathématiques invoquée par les géants de la tech pour justifier leur demande d’augmentation du quota de visas.

Les géants de la Silicon Valley protestent. Selon Partnership for a New American Economy, «un visa H1B crée 2,62 emplois amé­ricains». L’autre grand lobby de l’immigration high-tech, FWD.us, lancé par Mark Zuckerberg, a aussi fait le déplacement à Washington mardi, avec quinze cadres, fondateurs de start-up ou candidats au visa. Le groupe a battu le rappel pour le projet de loi du sénateur Orrin Hatch, un républicain issu de l’Utah, où les firmes technologiques se développent. Ce texte, appelé Immigration Innovation Act, ou «I-Squared» («I-carré»), relèverait le seuil des visas technologiques.

C’est un ordinateur qui doit tirer au sort les gagnants à la loterie H1B. Les résultats seront connus le 11 mai. S’il n’est pas retenu, Pierre-Jean Cobut pliera bagage avec sa start-up. «On ira au Canada, à Vancouver.» Le Canada a mis en place un système de visa entrepreneur pour les start-up. Parmi les prérequis, il faut présenter une recommandation d’un organisme d’investissement. «Au moins, ce sont les investisseurs qui décident», se félicite-t-il. Et pas un groupe de fonctionnaires ou un ordinateur.

Pour les syndicats,le visa H1B permetaux sociétés du high-tech de faire de la sous-enchère salariale