Innovation

La Silicon Valley s’intéresse à la fertilité et à la contraception

Dans un marché global de la santé de presque 10 000 milliards de francs, l’e-santé pèse aujourd’hui pour 30 milliards. Aux Etats-Unis, la Silicon Valley finance la démocratisation de la contraception 3.0 et des traqueurs de fertilité

La Silicon Valley ne cesse d’étendre ses domaines de compétence. Depuis deux ans, l’e-santé s’impose comme le nouvel eldorado pour l’écosystème numérique californien. Start-up et capital-risqueurs se côtoient sans complexe, à côté de leaders technologiques qui, à l’image du laboratoire Calico de Google, investissent massivement dans la santé numérique. Selon un récent rapport de PricewaterhouseCoopers (PwC), cette nouvelle industrie représente près de 30 milliards de francs, le marché des applications mobiles de santé pesant lui déjà 9 milliards de francs.

Dans ce contexte d’essor historique, «un nombre important de start-up va perdre beaucoup d’argent par manque d’un modèle économique fiable. Par contre ça sera le pactole pour la minorité des grands gagnants de l’expansion de médecine numérique», analyse Wain Fishburn Jr, associé et consultant juridique au cabinet d’avocats Cooley LLP, basé à Palo Alto. «Dans dix ans, nous ne parlerons plus de la technologie mais des méthodes de changements comportementaux», prédit lui Don Jones, vice-président de la stratégie et du développement chez Qualcomm Life. Pour empocher le jackpot promis par l’e-santé, des audacieux innovent pour espérer convaincre les femmes de contrôler leur fertilité et leur contraception via leur smartphone.

Le 1er mars prochain, la Californie deviendra avec l’Oregon le deuxième état des Etats-Unis où l’achat de pilules contraceptives pourra se faire sans présentation d’une ordonnance. Deux autres états pourraient bientôt emboîter le pas. La start-up Nurx a préjugé d’une opportunité, maculée d’un sincère militantisme. Testée d’abord en version beta dans la Silicon Valley puis très vite dans toute la Californie, l’application permet en trois étapes de sélectionner sa marque habituelle de pilule en répondant à un questionnaire en ligne, de laisser un médecin généraliste prescrire le contraceptif, puis de se faire livrer à domicile dans les deux jours. Pour les résidentes de San Francisco, la commande peut même arriver en deux heures. L’ambition de Nurk est de rapidement étendre son service à tout le pays.

La femme d’aujourd’hui attend tout du Web

«Selon nous, la contraception devrait pouvoir être achetée librement dans une pharmacie. C’est déjà le cas dans beaucoup d’autres pays dans le monde. Pourquoi est-ce qu’aux Etats-Unis, nous rendons cela plus difficile pour les femmes? Cela n’a pas de sens. Avec notre application, nous offrons simplement une autre option pour rendre la pilule plus accessible. Tant que le climat politique sera au renforcement des restrictions contre cette liberté fondamentale de la femme, il y a un marché pour un service comme Nurx, qui remplit un vide», commente le co-fondateur de l’application, le docteur A. Edvard Engesæth. Son propos s’inscrit dans un contexte de forte protestation conservatrice contre le planning familial aux Etats-Unis.

Le modèle de Nurx est simple: la start-up assume le coût de la livraison, l’assurance prend en charge la pilule. Le téléchargement de l’application est gratuit pour l’utilisatrice. Pour celle qui n’est pas assurée, il faudra débourser au moins 15 francs, au préalable une consultation gratuite est offerte par téléphone. «La femme d’aujourd’hui est active, connectée et attend d’obtenir tout ce dont elle a besoin sur le web», constate le docteur Pratima Gupta, qui au sein du réseau national «Physicians for Reproductive Health» défend l’avortement et la contraception.

Le traqueur de fertilité, une alternative «naturelle»

Co-fondateur de PayPal et investisseur respecté de la Silicon Valley, Max Levchin n’a pas attendu Nurx pour miser sur l’e-santé féminine. En 2013, il lançait une start-up de data science, Glow, dont l’application éponyme sonde la fertilité. Son processus? Elle récolte les données physiologiques et psychiques du cycle menstruel: température, fréquences des rapports sexuels, jours de règles, intensité des douleurs menstruelles, humeur, etc. Grâce à un algorithme, l’appli peut prédire le jour où la chance de concevoir est la plus élevée. Moins de trois ans après sa création, l’application a levé 23 millions de francs et assure avoir permis à 150 000 couples de concevoir un enfant.

Dans ce même registre de data science, Daysy promeut la contraception naturelle. Comment? Complété par une application mobile iOS, le thermomètre surveille la température du corps et revendique un taux de précision de 99,3%, soit autant qu’une pilule. Dans une étude publiée l’an dernier, le «Centers for Disease Control» révélait que 63% des 12 000 femmes qu’il venait d’interroger avaient arrêté la pilule par lassitude des effets secondaires. Autant dire que Daysy peut séduire le beau sexe.

Clue, la preuve d’une demande universelle?

Idem pour Kindara? Comme chaque promotrice de l’auto-mesure et de la socialisation de l’intime appliqué à la santé féminine, l’application lancée en 2012 nécessite une surveillance quotidienne pour répondre à ses promesses. Quelques mois après avoir sorti son thermomètre Bluetooth, la start-up a annoncé avoir levé presque 6 millions de francs. Elle espère enchaîner avec la commercialisation d’une ligne de produits informatiques connectés.

«Le système de santé aux Etats-Unis n’est pas équipé pour permettre aux femmes de savoir comment fonctionne leur corps grâce à la data», justifie le fondateur de Kindara, Will Sacks. Collecte et utilisation des données pertinentes: le produit d’appel n’est pas l’apanage de Kindara. La preuve, presque trois ans après son lancement, l’application berlinoise Clue de «quantified self», fondée par l’Américain Mike La Vigne, revendique deux millions d’utilisatrices actives sur iOS et Android, dans 180 pays et 10 langues. Pour Mike LaVigne, son application va révolutionner l’industrie du planning familial.

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