Technologies

Dans la Silicon Valley, les start-up hardware sont à la peine

Après avoir levé 50 millions de dollars, Doppler Labs ferme ses portes. Un échec qui n’est pas un cas isolé

Avec ses écouteurs sans fil intelligents capables de réguler les nuisances sonores extérieures, Doppler Labs avait connu un succès encourageant à l’été 2015 sur Kickstarter. La start-up américaine avait séduit près de 3000 personnes et recueilli 635 000 dollars sur la plateforme de financement participatif. Deux ans plus tard, elle vient pourtant de mettre la clé sous la porte, faute d’avoir pu trouver de nouveaux financements.

«Nous nous sommes lancés dans le hardware [matériel, ndlr]. Nous n’aurions pas dû», analyse Noah Kraft, son directeur général interrogé par Wired. En quatre ans, la société a dilapidé les 50 millions de dollars levés auprès d’investisseurs. Ses difficultés financières se sont accentuées à cause de l’échec commercial de ses écouteurs. Lancés en début d’année, ils n’ont été vendus qu’à 25 000 exemplaires, notamment en raison de leur prix élevé (300 dollars) et de la faible durée de vie de leur batterie.

«Hardware is hard»

La chute de Doppler Labs n’est pas un cas isolé. Jawbone, Pebble, Ouya, Hello, Lily Robotics, Njoy ou encore Nextbit: les exemples se sont multipliés ces dernières années. «Hardware is hard», dit un cliché de la Silicon Valley, qui semble cependant se confirmer. Un paradoxe, estime l’analyste indépendant Jan Dawson. «Les composants sont accessibles à bas prix et il est possible de lever de l’argent sur Internet pour financer la production», souligne-t-il.

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«Mais vendre ces produits à grande échelle et bâtir une activité viable n’a peut-être jamais été aussi dur», poursuit l'analyste. Les parcours se ressemblent. D’abord, une bonne idée qui se traduit par une campagne réussie sur Kickstarter ou Indiegogo. Puis, une levée de fonds de plusieurs millions de dollars auprès de fonds de capital-risque. Et enfin, les difficultés qui s’accumulent: des problèmes de production qui entraînent des retards, des coûts qui dépassent le budget initial et/ou un marché qui n’est pas si prometteur qu’espéré au-delà des premiers acheteurs.

Concurrence féroce

Certaines sociétés ont par ailleurs dû faire face à une concurrence féroce. Pionnier du marché des montres connectées, Pebble n’a pas résisté à la sortie de l’Apple Watch. Le fabricant de smartphones Nextbit n’a pas trouvé sa place sur un marché dominé par le groupe à la pomme et par Samsung. En octobre, la start-up Essential, fondée par Andy Rubin, le créateur du système mobile Android, a baissé de 200 dollars le prix de son premier smartphone, après n’avoir vendu que 5000 unités en deux semaines, selon les estimations du cabinet BayStreet.

Autre problème: les bonnes idées peuvent être copiées. «Plusieurs entreprises chinoises ont repris notre concept», regrette un entrepreneur, installé à San Francisco, qui a conçu un stabilisateur motorisé pour les caméras GoPro. Pendant que son projet prenait du retard (près de deux ans par rapport au calendrier fixé lors de sa campagne de financement participatif), la concurrence s’est accentuée. Tout en étant moins chère.

Il y a certes des contre-exemples: le groupe domotique Nest racheté par Google, le fabricant de casques audio Beats, acquis par Apple, ou encore le spécialiste de la réalité virtuelle Oculus, désormais intégré à Facebook. En outre, GoPro et Fitbit, pionniers des mini-caméras et des bracelets connectés, se sont introduits en bourse. Mais pour ces quelques réussites, «il y a de nombreuses analyses post mortem», rétorque CB Insights. 97% des start-up spécialisées dans le hardware grand public ont ainsi disparu ou sont devenues des coquilles vides, selon les calculs du cabinet.

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