Uber a fini par faire comme les autres grands noms de la Silicon Valley. La firme de San Francisco vient de publier son tout premier rapport sur la diversité de ses effectifs. Les positions purement techniques sont occupées par des hommes à près de 85%. Et dans cette catégorie, les Noirs (1%) et les Hispaniques (2,1%) souffrent d’une sous-représentation chronique (les communautés noires et hispaniques composent chacune 12% de la population des Etats-Unis).

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Travis Kalanick, le fondateur et désormais ex-patron d’Uber, s’était longtemps opposé à la publication de ces statistiques, sans intérêt à ses yeux. Les multiples problèmes d’image de son entreprise l’avaient poussé à revoir son approche. «La meilleure façon de montrer notre volonté de changer passe par la transparence et pour s’améliorer, il est important de mesurer ce qui compte», avait-il admis lors de la parution du rapport.

Les chiffres sont mauvais, mais plutôt dans la moyenne de la Silicon Valley. Facebook, Google ou encore Apple publient un rapport sur la diversité au sein de leurs employés depuis 2014. Le décalage entre le discours ouvert et inclusif de ces grandes firmes et la réalité de leurs effectifs, largement composés d’hommes blancs, devenait trop grand pour être ignoré.

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Pas de progrès significatif chez Google

La dernière étude en date chez Google (juillet 2016) fait état de 59% d’employés blancs, 32% d’Asiatiques, 3% d’Hispaniques et 2% de Noirs. Le rapport de Facebook (juillet 2016) comptabilise 3% de Noirs et 3% d’Hispaniques à des postes de «senior leadership». Autant dire qu’aucun progrès significatif n’a eu lieu depuis 2014.

Ce n’est pourtant pas faute d’y mettre les moyens. En 2015, Google a annoncé investir 150 millions de dollars pour promouvoir la diversité. Uber va dépenser 3 millions de dollars sur les trois prochaines années dans le même but. Facebook a de son côté promis 15 millions de dollars à Code.org, une association qui initie les jeunes à l’informatique.

L’analyse répandue pour ce manque de diversité dans la technologie se résume à un problème de «pipeline» (tuyau), c’est-à-dire une carence de candidats issus des minorités. «Une représentation appropriée dans la technologie dépendra d’une augmentation du nombre de personnes ayant l’opportunité d’apprendre les compétences nécessaires au sein du système d’éducation publique», estime par exemple Maxine Williams, chargée de la diversité chez Facebook.

Un problème de curiosité, pas de diversité

Cette explication agace beaucoup Kaya Thomas, jeune Afro-Américaine diplômée de la prestigieuse Université de Dartmouth. Dans un texte intitulé «Talent invisible», la développeuse écrit que «l’industrie de la technologie doit accepter sa responsabilité dans le fait de ne pas embaucher des gens sous-représentés. Nous sommes là mais vous choisissez de ne pas nous voir», regrette-t-elle.

Pour Kaya Thomas, le manque de diversité vient d’abord d’un manque de curiosité. Elle invite donc la Silicon Valley à chercher des candidats sur des campus moins huppés que Stanford et le MIT.

Des critères de recrutement sans imagination (prestige du cursus, expérience dans une grande entreprise de la tech, recommandation par d’autres employés) cultivent l’entre-soi. Et cet entre-soi peut se traduire sur le lieu de travail par un sentiment de mise à l’écart. Les minorités et les femmes quittent en tout cas le monde de la tech plus vite que les hommes blancs.

Ces difficultés ont au moins eu le mérite de générer une économie spécifique. Des sociétés comme Blendoor, Interviewing.io, Textio ou Gapjumpers proposent leurs services aux firmes de la Silicon Valley pour élargir le champ des candidats à recruter.