Il faut s’intéresser de près au bras de fer, de l’autre côté de la planète, entre Google et les autorités australiennes. Depuis des mois, le gouvernement tente de faire passer le moteur de recherche à la caisse. Non, Google n’a pas le droit de publier gratuitement des extraits d’articles de médias australiens: il doit payer, affirme Canberra, qui adopte une ligne dure face à la multinationale américaine. Et le dénouement de cet affrontement pourrait avoir des conséquences très importantes, à terme tant pour les internautes suisses que pour les médias helvétiques.

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Depuis vendredi dernier, Google utilise une arme quasi nucléaire face au gouvernement australien: la prise à partie des internautes. Lorsqu’ils sont sur la page d’accueil du moteur de recherche, les internautes australiens voient s’afficher devant eux ce petit message, en anglais, accompagné d’un panneau «attention»: «Vous avez sans doute entendu parler d’un projet de loi. Nous sommes d’accord de payer pour aider le journalisme.» Juste à côté se trouve un petit bouton où figurent les mots «Ecoutez notre proposition». En cliquant sur ce lien, les utilisateurs du moteur de recherche peuvent visionner un message vidéo de Mel Silva, directrice de Google pour l’Australie.

La responsable affirme que Google «n’est pas contre une nouvelle loi, mais nous avons besoin d’une loi qui soit juste». La multinationale préfère rémunérer les éditeurs, pour leur contenu, via un fonds appelé «News Showcase» plutôt que de les payer pour des liens affichés dans les résultats de recherche.

Nous aurons l’occasion, ces prochaines semaines, de parler du fond de ce bras de fer. Aujourd’hui, dans l’immédiat, c’est la forme qui est extrêmement troublante.

Car en prenant ainsi à témoin ses utilisateurs, afin de les convaincre que leur gouvernement a une mauvaise idée, Google joue un jeu étrange. C’est une entreprise en position ultra-dominante, qui peut presque être assimilée à un service public, utilisant aujourd’hui ses clients contre les autorités d’un pays. En voulant s’immiscer à ce point dans le débat démocratique – et indépendamment de la justesse ou non de son opinion –, Google franchit une limite. Attention à ne pas laisser cette entreprise, comme d’autres géants de la tech, abuser de leur puissance.