Investisseur institutionnel britannique, Threadneedle gère plus de 160 milliards de francs. Son président Simon Davies était de passage récemment à Genève.

Le Temps: Considérez-vous, comme le consensus, que le gros de la crise financière est passé?

Simon Davies: L'avenir nous réserve encore des mauvaises nouvelles au plan économique et à celui des entreprises, mais la Fed a montré qu'elle ne laisserait pas le système financier s'effondrer. Il faudra un certain temps pour permettre une amélioration du sentiment des acteurs des marchés. Il y aura sans doute des rechutes, mais l'effondrement de Bear Stearns devrait apparaître comme l'épisode le plus sombre de cette crise.

Les marchés ne devraient pas reprendre confiance avant trois à cinq ans. Cependant, les risques sont déjà contenus dans les prix et le pire de la crise financière est probablement déjà passé.

- Combien de temps la récession américaine devrait-elle durer?

- Il est difficile de prévoir un scénario précis. Cependant, comme tout ralentissement du même type en économie, il est déjà compris dans les prix des actions.

- Estimez-vous, comme d'autres, que les banques, dont les pertes totalisent près de 250 milliards de dollars, traversent une crise de système?

- La crise n'a affecté qu'un nombre limité de banques, UBS, Merrill Lynch et Citi principalement. Ces cas demeurent relativement isolés. Elle n'est donc pas systémique. D'autres banques, comme la britannique Lloyd's, ont traversé l'orage sans dommages. Certaines d'entre elles ont conservé l'entier de leur base de capital. Ce sont les mieux placées pour profiter du nouvel environnement bancaire, à savoir une élévation des marges d'intérêt suscitées par les conditions actuelles du marché du crédit. De manière générale, la période que nous traversons peut être qualifiée, pour le secteur bancaire, de phase de réparation.

- Dans quelle mesure l'image des grandes banques a-t-elle été endommagée?

- Il se peut que des clients aient craint que celles-ci fassent défaut. Nous avons cependant été impressionnés par la capacité d'UBS et de Merrill Lynch de lever des capitaux frais. La franchise d'UBS dans le segment de la gestion de fortune est restée très forte.

- Croyez-vous à la théorie du découplage Europe/Etats-Unis?

- Pas dans les actifs. Leurs cours évoluent parallèlement. Mais depuis cinq ou six ans les titres américains sous-performent leurs pairs européens et cette tendance va se poursuivre. Il faut néanmoins se montrer sélectif.

- Est-il temps de racheter des actions?

- La réponse de la Fed à la chute de Bear Stearns s'est montrée décisive. Il est clairement apparu que la banque centrale américaine ne laisserait pas le ralentissement économique se transformer en débâcle financière, ce qui a recréé les conditions d'une certaine stabilité. Cependant, les nouvelles économiques de ces prochains mois devraient continuer de refléter une situation difficile, ce qui maintiendra une certaine volatilité. Il est difficile de définir un niveau plancher en dessous duquel les marchés ne descendront pas, mais les facteurs de soutien ne manquent pas, à commencer par les niveaux de valorisation. Pour les investisseurs de long terme, la période que nous traversons leur offre assurément des opportunités d'achat. La bonne nouvelle, c'est le retour de l'appétit pour les actions, soutenu par leur rendement supérieur à celui des obligations.

- Cette classe d'actifs n'est-elle pas encore très risquée?

- Les actions restent intéressantes, car les entreprises restent en bonne forme malgré la crise et continuent de générer des profits. Il faut cependant être attentif aux obligations à haut rendement, qui ont été massacrées ces derniers mois. Les titres européens sont investissables, les américains restent à éviter.

- Dans quelle région du monde peut-on investir en priorité?

- Dans les actions asiatiques. La croissance de la région est un phénomène séculaire, alimenté par le déplacement de l'activité industrielle d'Amérique du Nord vers la région pacifique.

Le moteur de l'économie américaine est très différent: il est alimenté par l'immigration et le crédit à la consommation. Sur le long terme, la productivité ne progresse pas aux Etats-Unis. Le risque d'une contagion de la crise des «subprime» aux cartes de crédit, qui a occupé les esprits ces derniers mois, ne se matérialise cependant pas. Le crédit a certes fortement renchéri et il est devenu plus difficile à obtenir. Cependant, les consommateurs montrent des signes de maîtrise de leurs dépenses. Nous nous attendons à ce que cette situation perdure, alors que l'effet de la hausse des prix alimentaires, de l'énergie et des hypothèques commencent à se faire sentir.