Au cœur des marchés

Pour s’imposer, l’ESG devra être simple, sans risque et bon marché

Les thématiques environnement, social et bonne gouvernance font l’unanimité et les vendeurs des produits financiers s’engouffrent dans ce créneau

Dans le monde de la gestion institutionnelle, la thématique ESG (Environnement, Social, Gouvernance) semble gagner rapidement en importance. Signe de beau temps sur les marchés, qui disparaîtra dès les premiers indices de fin d’un bull market qui dure depuis neuf ans? Ou véritable tendance de fond de l’industrie? Les mentalités ont l’air d’avoir clairement évolué. On ne trouve plus que très rarement de véritables opposants à la prise en compte de critères ESG dans la gestion de portefeuille.

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Les consultants en durabilité et en responsabilité fleurissent, chacun vendant sa méthode pour «augmenter son impact ESG», les vendeurs de produits s’engouffrant évidemment dans ce soi-disant nouveau potentiel.

Déferlement

On sent les caisses de pensions un peu perdues face à ce déferlement. Doivent-elles exclure les «mauvais élèves» (tabac, alcool, armes, pétrole, nucléaire, etc.) de leurs portefeuilles? Ou seulement les sous-pondérer? Doivent-elles au contraire s’engager dans un dialogue actionnarial avec les sociétés détenues pour les aider à changer? Doivent-elles aussi «décarboniser» leurs portefeuilles (une tendance mise en place suite aux Accords de Paris, et encouragée par l’Office fédéral de l’environnement)? Doivent-elles encore investir «avec impact»? Sans compter les idées d’investissement plus thématiques (et parfois très créatives): l’eau, la microfinance, l’égalité homme-femme, etc.

Les conseils de fondation sont ainsi dans une position complexe. Ils sont parfois contraints de devoir justifier la «qualité ESG» de leurs investissements. D’autres fois, ils craignent d’avoir dans les portefeuilles de l’institution, dont ils ont la responsabilité, des positions dans des entreprises polluantes, corrompues, ou ne respectant pas les droits humains.

Un cadre rigide

Pour pouvoir mettre en place une intégration efficiente de la problématique ESG dans les caisses de pensions suisses, il est nécessaire de tenir compte de leurs spécificités, et de celles de notre système de prévoyance. Premièrement, la gestion d’actifs institutionnelle est aujourd’hui dans la très grande majorité des cas «benchmarkée». Le risque est mesuré précisément et statistiquement pour chaque classe d’actifs, chaque région, et les portefeuilles sont construits, souvent avec l’aide de consultants, sur la base d’une allocation maximisant le couple rendement/risque. Deuxièmement, l’essentiel de l’activité (gestion de l’actif, du passif, administration) est en général sous-traité à des tiers, le Conseil de Fondation (ou le Comité d’investissement) définissant une allocation stratégique à long terme, surveillant son application par les gestionnaires sélectionnés, mais n’intervenant pas directement dans la gestion. Troisièmement, la responsabilité des organes est importante, un manquement pouvant aller jusqu’à des sanctions pénales.

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On voit donc que le cadre de notre système est assez rigide. Il ne permet ni les essais, ni l’improvisation, et résiste naturellement à de grands bouleversements. Ajoutons également le fait que le marché des caisses de pensions est en forte consolidation depuis vingt ans, avec une disparition continue des petites et moyennes caisses, au profit des grandes et des collectives. Un mouvement qui va de pair avec l’augmentation de la taille des mandats et la baisse des coûts de gestion.

Nouvelles classes d’actifs

En conséquence, l’enjeu de l’ESG n’est donc pas d’investir dans de «nouvelles» classes d’actifs, ou à travers de nouveaux produits. Mais plutôt de transformer les processus d’investissement existants, ou du moins la composition des portefeuilles, pour y intégrer une dimension ESG.

Ceci, tout en maintenant les paramètres de performance et de risques semblables à ce qu’ils sont actuellement. Les caisses ne vont pas sacrifier de la performance – ou augmenter leurs risques – pour satisfaire des critères ESG. Et elles sont naturellement peu disposées à augmenter massivement leur coût de gestion. Voilà donc l’enjeu: pour s’imposer, l’ESG doit être simple à mettre en œuvre, sans impact sur le couple risque/rendement, et pour un coût additionnel minimal!

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