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Les rues un peu désertes de Sioux Falls, 169'000 habitants, cachent un importante activité d'accueil des fortunes étrangères.

Etats-Unis

Sioux Falls, Dakota du Sud, le petit paradis fiscal dans la prairie

En raison d'une fiscalité très avantageuse, le Dakota du Sud attire les fortunes du monde entier sans se soucier des normes de transparence de l'OCDE

Des prairies à n’en plus finir, autrefois terres des Sioux. Avec son agriculture qui produit du maïs et du soya en quantité industrielle, le Dakota du Sud affiche une identité très agricole. Mais cet Etat de 843 000 habitants, grand comme cinq fois la Suisse, a développé une industrie plutôt inattendue au milieu de la ruralité du Midwest.

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A l’image du Wyoming voisin, il se présente comme l’un des nouveaux paradis fiscaux capable d’attirer les fortunes du monde entier. Aux Etats-Unis, il détient le record absolu: 84 sociétés de trusts dont la masse sous gestion s’élève à 225 milliards de dollars, selon Bret Afdahl, directeur de la division bancaire du Département du travail. Un avocat de la place l’estime même à 336 milliards. La plupart des sociétés de trusts sont concentrées à Sioux Falls, même si Pierre, la capitale, et Rapid City en accueillent quelques-unes.

Le Dakota du Sud n’est pas un paradis fiscal, c’est un paradis de l’information, bientôt peut-être l’un des derniers bastions de la sphère privée du client.

Le boom financier de Sioux Falls est une une success story à l’américaine. Cette ville du Midwest est passée de 81 000 habitants en 1980 à 169 000 en 2016. En ce début de printemps, les rues du centre sont peu fréquentées. Quelques hommes d’affaires en costume cravate, la mallette de côté, passent furtivement. Des hipsters fréquentent le café branché Coffea. En face, au 201 Philipps Avenue, l’enseigne de la South Dakota Trust Company (SDTC) est trompeuse. De l’extérieur, les stores gris laissent croire un instant qu’il s’agit d’un édifice désaffecté. Dans le bâtiment historique du Kresge, datant de 1928, une petite trentaine de sociétés de trusts sont domiciliées. Au deuxième étage, dans les bureaux feutrés alignés les uns après les autres, il n’y a pourtant pas foule. La SDTC ne s’occupe que de l’intendance administrative. Seule exigence pour les gérants de trusts: participer à deux conseils d’administration par an à Sioux Falls.

Bienvenue à Virtus Trust

Parmi les trusts domiciliés à cette adresse figure Virtus Trust, co-fondé par Roderick Balfour, cinquième comte du même nom et descendant du ministre britannique Arthur Balfour auteur de la fameuse Déclaration éponyme sur la Palestine de 1917. Il prévient tout de suite: «Le Dakota du Sud n’est pas un paradis fiscal, c’est un paradis de l’information, bientôt peut-être l’un des derniers bastions de la sphère privée du client.»

Lire aussi: Sur Internet, Virtus propose aux clients de s'abriter aux Etats-Unis en échappant à l'échange automatique d'informations

Le secret d’un trust ne peut être levé que sur ordre de la justice. A une centaine de mètres, dans la même rue centrale, l’avocat Bradley Grossenburg peut décrire mieux que personne l’extraordinaire succès de cette nouvelle terre promise. Il siège au sein de la South Dakota Governor’s Trust Task Force. Cet organisme évalue une fois par an la pertinence des lois régissant les trusts et la nécessité éventuelle de les adapter à un environnement très compétitif.

«Depuis six ans, précise l’avocat, l’intérêt pour les trusts, ici, est devenu international. Des clients d’Amérique latine, d’Europe et de Suisse viennent y placer leurs biens.»

Le comte Balfour ajoute: «Parmi les quelque sept millions d’Américains vivant à l’étranger, certains décident de placer leurs avoirs au Dakota du Sud, car la plupart des banques suisses et bon nombre d’établissements étrangers ne veulent plus rien avoir affaire avec des citoyens américains.»

Pas de «diktats» de Bruxelles, ni de l'OCDE

Cet Etat du Midwest n’a pas d’impôt sur le revenu pour les individus et les sociétés, ni sur les gains en capital, sur les dividendes ou les intérêts, ni d’impôt successoral. Si nombre d’Etats restreignent la durée d’existence d’un trust, le Dakota du Sud ne fixe aucune limite. Le trust peut être «perpétuel». Avec ses lois permettant d’établir des «dynasty trusts», des familles peuvent transmettre leurs biens de génération en génération sans craindre des taux d’imposition prohibitifs. «L’impôt fédéral sur les successions ne frappe que les fortunes de plus de 5,45 millions de dollars ou 10,9 millions pour les deux conjoints », poursuit Bradley Grossenburg. Mais au-delà de ces sommes, il y a mille et une manières de créer des structures permettant d’éviter la charge fiscale de 40% imposée par l’État fédéral.

L’avocat Grossenburg voit dans le cadre fiscal du Dakota du Sud «une opportunité. Nous ne cachons rien. Nous suivons les règles. Si les politiciens ne les aiment pas, ils n’ont qu’à les changer.» Dans un accent britannique digne de son pedigree, Roderick Balfour précise: « Les Etats-Unis sont pour ainsi dire cinquante pays différents. Selon de nombreux avocats, la perspective de voir le Congrès imposer des lois nouvelles à chacun d’eux paraît pour le moins lointaine. Ce qu’il y a d’extraordinaire avec les Etats-Unis, c’est que de telles questions sont débattues au parlement. Rien à voir avec les diktats de Bruxelles et de l’OCDE imposés par le biais de lois supranationales.»

Avec 2900 milliards de dollars, le Dakota du Sud fait mieux que New York

Dans le Dakota du Sud, Etat très républicain, ils sont d’ailleurs peu nombreux à sentir la pression internationale pour davantage de transparence fiscale. Les normes de l’OCDE régissant l’échange automatique de renseignements paraissent une abstraction.

«Nous avons beaucoup de clients internationaux qui placent leurs biens aux Etats-Unis en raison de l’instabilité croissante et le manque de sécurité dans le monde, poursuit Bradley Grossenburg. Vice-président du trust Cornerstone, Anthony Botticella le confirme. Le gouverneur de l’État, le parlement et le pouvoir judiciaire comprennent bien la marche des affaires. Il ne saurait mieux dire. Il y a dix ans, un trust voulait quitter le Massachusetts pour s’établir dans le Dakota du Sud. Il a fallu deux ans à la justice du premier Etat pour autoriser ce changement de domicile. Il n’a fallu que deux semaines pour le second pour l’approuver.

Impossible de comprendre le succès de Sioux Falls et du Dakota du Sud sans évoquer une date clé : 1981. C’est cette année-là que CitiBank, la troisième plus grande banque du pays, y a domicilié son siège social. L’affaire avait fait grand bruit. D’autres banques ont suivi dont Wells Fargo et USBank. Selon Slater Barr, président de la Sioux Falls Development Foundation, les fonds sous gestion dans l’Etat se chiffrent à 2900 milliards de dollars. Aucun autre Etat, même pas New York, ne peut se targuer d’en abriter autant. Le Dakota du Sud, un Etat avant tout agricole? Si l’argent est du «blé», peut-être...


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