«Nous préférons contrôler toute la chaîne: de la recherche à la commercialisation, en passant par la production.» William Burns, responsable de la division pharmaceutique du groupe Roche, ne cache pas que les sous-traitants, Lonza par exemple, jouent un rôle mineur dans sa stratégie de production des médicaments innovants.

Au centre de Bâle, non loin de la direction générale, des machines de chantier déplacent des centaines de mètres cubes de terre. Dès 2007, une usine ultramoderne soigneusement confinée commencera à produire pour l'Europe l'Avastin, un médicament qui bloque l'apport de sang dont se «nourrit» le cancer.

Mais c'est à Penzberg, à 60 kilomètres de Munich, que le groupe développe son principal centre européen de production de médicaments faisant appel à la biotechnologie, soit à des produits issus de cellules animales transformées puis multipliées par fermentations successives dans des bioréacteurs. «Nous sommes en quelque sorte le plus grand brasseur de la région», plaisante Jürgen Wahl, chef de production. Quelque 400 employés sur les 3700 collaborateurs de Roche à Penzberg sont d'anciens brasseurs de bière, simplement parce que le principe de fermentation des cellules n'est pas si différent du travail du houblon.

Le site de Penzberg, hérité par Roche lors du rachat de l'entreprise Boehringer Mannheim en 1998, représente un cumul d'investissements de plus d'un milliard d'euros, auxquels s'ajouteront, dès 2007, près de 300 millions destinés à un nouveau complexe de production de plusieurs produits biotech, dont l'Herceptin, un anticorps monoclonal utilisé pour soigner le cancer du sein. Six nouveaux bioréacteurs de 10 000 litres chacun seront installés. De quoi produire, en fin de processus, quelques dizaines de kilos par semaine du précieux médicament.

Roche doit faire face à une forte augmentation de la demande d'Herceptin, illustrée par une croissance de 26% des ventes durant le premier semestre 2004, sur la base d'un chiffre d'affaires de 1,2 milliard de francs en 2003.