B1, B2, B3, H8, G6 et H4, soit 32 000 m2 (surface nette) de bureaux, adjugés en 2007 pour 350 millions de francs. Ainsi se décline le joyau architectural de Merck Serono à Genève. L’ensemble, nanti de trois parcelles de près de 42 000 m2 acquises en 2003 pour 58 millions de francs, et dont une partie est encore vierge de tout édifice, sera mis en vente la semaine prochaine. François Naef, président du conseil d’administration de la multinationale qui a annoncé sa fermeture, le 24 avril, à ses 1250 employés, Arnold Graz, directeur du site et responsable des ressources humaines, ainsi que Martin Dunning, directeur de SPG Intercity – le courtier qui pilote la vente immobilière – nous font faire le tour du propriétaire.

Il est près de 19 h au chemin des Mines: les employés de la biotech ont quasi tous quitté leur place de travail. Seuls les initiés sont habituellement autorisés à pénétrer dans cette cité interdite, à quelques encablures de la Genève internationale. Hautement sécurisé, l’accès au temple de verre et d’acier s’effectue par portails pivotants à choix, rangés à droite de l’imposante réception. «Nous sommes à mi-niveau», indique François Naef en se dirigeant vers les escaliers «beiges, taillés dans de la pierre du sud de la France», précise-t-il. Ces 22 marches, dominées par une cloison médiatectonique (un assemblage de parois de cire jaune serties de LED), mènent au cœur de l’édifice. Cette œuvre d’un artiste allemand tutoie trois ascenseurs, gainés de verre. Tout comme les cages administratives qu’ils desservent sur sept étages. Sous nos pieds: «Deux niveaux, avec 330 places de parking et une station de pompage qui puise l’eau du Léman à 2 km du rivage en plongeant ses canalisations à 35 mètres de profondeur», relève Arnold Graz. Le dispositif permet de chauffer et de refroidir le bâtiment dessiné par le bureau d’architecte Murphy/Jahn de Chicago.

Transparent, l’espace affiche un style épuré: architecture en ligne, grandes portées exploitant le bâti ancien, lui-même célébré par un maillage moderne… De fines passerelles courent au-dessus de nos têtes. A chaque intersection: cuisine en kit, machine à café et sièges rouges.

On accède rapidement au forum, l’âme du campus Merck Serono, cintré de restaurants, de cafétérias, de laboratoires de recherche aux étages (aile nord, B3), d’une bibliothèque (aile sud, B2), et de salles de conférences (72 au total)… On se croirait presque à Uni Mail. Si ce n’est que le lustre ambiant est coiffé d’une verrière en éventail amovible d’environ 1000 m2, qui fût qualifié à l’époque de plus grand toit ouvrant du monde, et dont le défaut d’étanchéité originel a été réglé l’année dernière. Ce squelette suspendu à 25 mètres de hauteur est chaussé de portes tournantes d’environ 12 mètres. Le mécanisme est muni de 18 gigantesques vérins hydrauliques, dont le contrepoids de 110 tonnes permet d’aérer l’immeuble [ndlr: le système annexe de ventilation automatisée vient d’être réparé, nous apprend-on]. Front est, la façade habillée de métal apparent est grimée de neuf conduits verticaux. Ces chapelets massifs, «réalisés en partenariat avec le Jardin botanique voisin», précise François Naef, sont recouverts de chlorophytums (plantes de la famille des liliacées) tombant en averse.

Le circuit mène ensuite à la halle historique du site (H8) et ses poutrelles métalliques d’époque (XIXe siècle). C’est ici que l’ancien maîtrise le plus le moderne. Le périmètre abrite aussi un fitness baptisé «Energy Center». Plus loin, côté ouest, se situent les ex-locaux administratifs d’ABB, reconvertis notamment en crèche d’entreprise. «Les briques rouges présentent un style bostonien», commente François Naef, avant de révéler des esquisses révélant plusieurs autres bâtiments, jamais réalisés. «L’inspiration architecturale a dû s’incliner devant les contraintes budgétaires», résume-t-il.

Le circuit touche à sa fin. Le parcours aura duré une heure. Les lieux, conçus sur mesure pour plus de 1250 pensionnaires, seront libérés «avant la fin de l’été 2013», rappelle l’administrateur de la société. Première impression après la visite: l’espace de rencontre, qui forme un noyau monumental – d’aucuns diraient démesuré –, n’a d’égal que le troublant millefeuille vitré alentour, offrant plusieurs profondeurs de champ. Toutefois, cet effet «courant d’air» tranche avec la redondance des bureaux, dont l’aménagement standardisé semble avoir pour principal avantage de faciliter les changements d’occupants.

Combien pour cet ensemble, «conçu pour être facilement mor­celable, moyennant de faibles ­investissements», d’après Martin Dunning? L’enveloppe va de 400 millions de francs… à plus d’un milliard, selon Emporis, l’une des plus grandes bases de données mondiale de bâtiments. A l’évocation de ce chiffre, nos trois guides – qui ont déjà reçu des marques d’intérêt de la part de collectivités publiques, d’entités industrielles ou d’investisseurs immobiliers – esquissent un sourire laissant supposer que cette dernière estimation est exagérée.

«Nous avons financé ce siège en fonds propres», souligne François Naef. Le chantier a réuni plus de 250 sous-contractants. Il a suscité de nombreuses querelles, qui ont conduit au dépôt d’hypothèques légales (garantie contre paiement de services). «Toutes ont été depuis levées», assure le propriétaire, qui ne souhaite cependant pas commenter l’existence d’inscriptions confidentielles – l’équivalent de deux classeurs fédéraux – au registre foncier.

Le délai pour la vente du domaine de Sécheron? «Pour un tel objet, il faut compter entre six et douze mois», estime Martin Dunning, qui a déjà rédigé un carnet d’une cinquantaine de pages, détaillant toutes les options d’achat possibles. Particularité du mandat Merck Serono: plus que des locaux, l’entreprise se sépare de deux sociétés, Horizon North et South, détentrices du patrimoine immobilier. Quelle différence? La transaction est exempte de frais fonciers, soit entre 3 et 4% du prix de vente. Vu les volumes à cirer, une telle économie est plutôt la bienvenue? «Les repreneurs ne seront pas surpris, le coût d’entretien est parfaitement en lien avec les dimensions du bâtiment», conclut François Naef.

«Pour vendre un tel bâtiment de prestige, il faut compter entre six et douze mois»