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Les sites de Petit-Couronne et Cressier sont les plus menacés par la crise chez Petroplus

En France et en Suisse, les autorités se mobilisent. UBS, Credit Suisse et la BCV font partie du consortium bancaire. Petit-Couronne et Cressier sont les sites les moins rentables

Depuis une semaine, à Neuchâtel comme à Paris, les autorités sont à la manœuvre. Afin d’éviter que le groupe Petroplus, dont une ligne de crédit vitale a été gelée, n’arrête la raffinerie de Cressier, qui fournit le quart des hydrocarbures suisses. Ou de faire en sorte que Petit-Couronne, près de Rouen, ne rejoigne pas les trois sites récemment arrêtés en France. En jeu, 280 emplois sur les bords du lac de Neuchâtel et 550 sur ceux de la Seine.

En Suisse, il y a encore eu, mardi, de nouveaux contacts entre le chef du Département neuchâtelois de l’économie, Thierry Grosjean, et les services du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. Une source proche des autorités admet que «des discussions sont en cours avec d’éventuels repreneurs, mais que le canton se prépare à tous les scénarios, même celui du pire».

Côté français, la rencontre prévue mercredi entre le premier ministre et le patron du groupe Petroplus a été reportée – ce dernier a eu «un problème de transport». Cela leur aura peut-être évité de reconnaître – face à des syndicats menaçant d’actions «coup de poing» – à quel point le sort de ces raffineries reste suspendu à la renégociation, avec douze banques, d’une ligne de crédit de 1 milliard de dollars. Parmi ces dernières figurent les trois établissements sur lesquels Paris maintient la pression: BNP Paribas, Société Générale et Natixis. Datant d’octobre 2009, un prospectus décrivant ce prêt cite également Credit Suisse, UBS et la Banque Cantonale Vaudoise, ainsi qu’ING, Fortis, Rabobank, Morgan Stanley et Deutsche Bank.

Début décembre, la direction de Petroplus assurait que ses stocks d’hydrocarbures – valant 2 milliards de dollars – lui permettaient d’éviter la crise de liquidité. Ses banquiers en ont apparemment décidé autrement. Les établissements ne souhaitent pas commenter le dossier. La seule issue serait-elle la fermeture d’un site? «Christophe de Margerie, le patron de Total, disait, il y a quelques mois, qu’il ne voyait pas pourquoi son groupe ferait le travail pour les autres; eh bien nous y sommes: personne n’a voulu faire ce travail de rationalisation des raffineries européennes et la charge retombe sur Petroplus», résume Alexandre Andlauer, spécialiste d’AlphaValue, société d’analyse financière indépendante.

Resterait à choisir qui sacrifier. Contacté, Petroplus ne répond à aucun appel. Si la décision dépend des banques, le critère de la rentabilité sera crucial. Les sites de Cressier, des environs de Rouen ou d’Anvers sont les moins bien placés, révèlent les résultats du groupe. Entre juillet et septembre, chaque baril de pétrole raffiné dégageait une marge brute de moins de 2 dollars à Cressier, de 2,50 dollars à Anvers et de 3 dollars à Petit-Couronne; alors que celle des sites britannique et allemand de Coryton et d’Ingolstadt frise 7 dollars.

Une situation qui menace de reproduire, au sein de Petroplus, la guerre larvée minant le raffinage européen. Certes, Marc Blanc, responsable du syndicat CFDT pour le secteur pétrolier, assure au téléphone «ne pas être dans une logique franco-française». Ce dernier s’est joint à une coordination de syndicats suisses ou belges appelant les banques à «dégeler les fonds pour continuer les activités». Un appel dans lequel ne figurent pourtant pas les représentants de Coryton ou d’Ingolstadt.

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